Kamikaze
Par Naqdimon Weil , le 19 mars 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens moi qui vous cause à nouveau après une petite semaine de break parce qu’il faut bien parfois arrêter de se mettre la rate au court-bouillon à cause de tous ces bourre-couillons, bref, moi, donc, tel que vous me voyez là, ben ce lundi matin même que j’écoutais la radio. Enfin, disons que je vaquais à quelques occupations ménagères tout en prêtant une oreille distraite aux gimmicks branchouilles d’Augustin Trapenard, s’extasiant de toute sa force de passe-plat des fulgurances de son invité, un auteur trans certainement très connu mais pas de moi.

Ils parlaient de je ne sais foutre quoi et j’allais passer ce pensum auditif à pertes et profits, comme tous les matins, quand une formule plus alambiquée qu’à l’habitude s’insinua dans mon conduit auditif externe, chemina vers l’oreille moyenne faisant vibrer le tympan, et donc le marteau, l’enclume et l’étrier avant un passage par le vestibule, ce qui mit en mouvement les liquides de l’oreille interne et permit au son de se transformer en signal électrique et d’être envoyé au cerveau, cerveau qui me sortit de ma torpeur car c’était très con, un rien de révision d’anatomie ne peut jamais faire de mal. Oui, tout ce cheminement physiologique d’une rare qualité pour entendre je ne sais plus quelle connerie sur la Révolution qui est en marche, avec des petits cris de joie des deux causeurs. Je me mis donc à rouspéter in-petto, car j’in-pette beaucoup et cela me donna envie de me transformer en Michel Galabru.

Non que je veuille ressembler à feu l’adjudant Gerber, loin s’en faut, mais plutôt à son personnage dans le vieux film de Didier Grousset, Kamikaze – dont mon grand frère Dan était décorateur, mais c’est un hasard, j’vous jure -, un vieux scientifique atrabilaire et vengeur qui, navré par la bêtise de son temps, avait inventé un machine utilisant les ondes télés à rebours pour renvoyer un signal lui permettant d’assassiner les speakerines, symboles de cette bêtise ravageuse pour lui. J’avoue que cette œuvre n’a pas forcément marqué son époque – malgré les très beaux décors de mon grand frère – mais je lui garde une certaine tendresse, entre autre car c’était l’un des rares films à vocation SF français, que Bohringer y joue un flic et que, mais je me demande si je n’ai pas évoqué ça ici ou là, mon frère Dan en était le décorateur.

Ceci dit, vu que vous vous foutez de mes goûts en matière de cinéma comme de votre premier préservatif usagé, et peut-être même encore plus, vous allez me demander « Mais pourquoi donc tu nous causes de tout ça, mis à part pour remplir ta chronique ? ». Ben d’abord, c’est vrai, je dois bien l’avouer, je n’avais pas envie de tenir une nouvelle fois le compte des actes antisémites, pas envie d’expliquer à quel point Gilles et John sont ineptes, pas envie de redire pourquoi le hidjab est un symbole dégradant, même librement porté, pas envie de rappeler aux cyniques qu’un mec assassiné pendant un attentat est une victime, même si l’attentat a eu lieu dans une mosquée, pas envie de refaire la leçon aux crétins anti-vaxx, malgré la mort d’un gosse pour une bête rougeole la semaine passée et même pas envie de me moquer du PSG et de son abonnement aux défaites en 1/8è en finale. Donc, si je vous parle du long-métrage de Grousset, c’est que je me suis pris à rêver de disposer d’une machine du modèle évoqué, mais en plus mieux, car la mienne permettrait de remonter toutes les ondes, radio, télés et électroniques et de dézinguer les cons et les malfaisants via le petit écran, le poste, les emails et les rézossocaiux.

Vous imaginez l’hécatombe ? Une connerie sur Israël, et gzzzit, tu te prends 250 000 volts dans le buffet, ça te fera réfléchir. Une formule raciste, homophobe, antisémite, patriarcale ? Zwouiffft, même punition même motif ! Une défense pro-domo de l’homéopathie pour convaincre le populo de mal se soigner ? T’as l’bonjour d’Ampère, Pépère ! Avouez que ce serait tout à la fois amusant et élégant, propre et sans bavures. Bon, comme je suis un gentil garçon, avant de dessouder les vrais copains, je leur passerai un coup de fil avant, histoire d’être sûr qu’ils ne se soient pas gourés. Mais sinon, hop, tout le monde au grille-pain vengeur !

Le seul problème, c’est qu’un autre que moi, mais moins bien intentionné pourrait disposer de la même machine. Et si jamais pour lui, je suis un immonde sioniste mangeur d’enfants palestiniens qui s’essuie dans une burka des dimanches tout en piétinant la carte de membre de la Franfe Infoumive, habillé avec un tee-shirt « Vive Macron », ben je ne donne pas cher de ma peau.

Dommage, c’était quand même une bonne idée pour éliminer quelques nuisibles. Et pour calmer les gimmicks branchouilles d’Augustin Trapenard.

par Naqdimon Weil

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