La bête revient
Par Anthony Casanova , le 2 juillet 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

Quand on parle de l’extrême droite à la Française, on a tous en tête la vision d’un franchouillard vêtu de la même manière que le Superdupont de Gotlib : Béret, charentaises, baguette, moustache, et drapeau tricolore jusque sur son slip. Cette caricature fut longtemps le reflet à peine exagéré de la première garde de Jean-Marie Le Pen. Sa fille, en édulcorant le mot FN par le biais d’un jeu de mots basé sur son prénom, a lancé le « rassemblement bleu marine ». Ce mouvement prend en compte deux changements dans la société : La mort du communisme, et la mondialisation (sociale et financière) qui pousse les pays à devoir composer avec leurs voisins.

Cet état des lieux amène l’extrême droite à cibler deux nouveaux blocs : les souverainistes contre les cosmopolites. Pour elle, la distinction « gauche droite » est dépassée, et il faut rassembler tous ceux qui veulent que « la France reste la France ». La différence entre « la France reste la France » et « la France aux Français », c’est de se servir de l’ouverture des frontières pour prendre sous son aile tous ceux qui haïssent l’Europe (nos nouvelles frontières), les USA (symbole de la mondialisation), et les étrangers (le mot suffit à lui-même).

Si le fond ne change pas trop, les nuances sémantiques permettent de créer de nouveaux ponts servant à favoriser l’adhésion d’anciens « ennemis ». Le FN n’est plus pour avoir l’armée à nos frontières de peur qu’un barbare ne les franchissent, mais pour empêcher Bruxelles d’être décisionnaire à notre place ; Le FN n’est plus antisémite mais se bat pour qu’on laisse en paix tous les pays qui veulent la destruction d’Israël au nom de l’antisionisme ; Le FN n’est plus raciste mais lutte pour que les cultures étrangères ne viennent pas manger l’hostie des Français.

C’est ainsi qu’on se retrouve avec un « rassemblement bleu marine » où se côtoient avec plus ou moins d’entrain Alain Soral, Dieudonné, Gilbert Collard, Robert Ménard, Serge Ayoub, Florian Philippot, Anna Rosso-Roig… et il ne manque plus à tout ce beau monde et à leurs supporters de finir par faire le premier pas… c’est à dire d’assumer ce copinage jusqu’au bulletin de vote. Et à la vitesse où vont les choses, gageons que dès 2017 ils seront au point.

Cette nouvelle extrême droite qui cache un brin son nom, se révèle derrière la détestation des Femen, du mariage pour tous, de la religion musulmane et non de l’islamisme, d’Israël par le cache-sexe du sionisme, et du politiquement incorrect qui est la bannière hype des idées réactionnaires. Alors c’est à nous d’être vigilant pour se battre contre elle, notamment en décelant ces « idées » qui ne vont pas tarder à franchir le cap des urnes. Ils ont beau dire qu’ils connaissent la gauche et la droite dont les idées n’appartiennent qu’aux bobos ou aux notables, que les problématiques se jouent ailleurs, que les démocraties sont des dictatures masquées, qu’ils existent des gens qui gouvernent le monde en secret, qu’on ne nous dit pas tout, ou que les médias nous mentent… ils ne trompent que ceux qui veulent bien l’être.

L’enjeu idéologique de ces prochaines années est ici : le combat contre la nouvelle extrême droite. Cette extrême droite qui voit des complots partout, et qui se sent intouchable. A nous de lui rentrer dans le lard sans faillir, parce que la résistance est joyeuse, le défit palpitant, et que nous devons retrouver la fierté d’être pour l’humanisme et le féminisme, contre le racisme et l’antisémitisme, contre l’homophobie, et lutter contre la religiosité d’où qu’elle vienne. Parce que oui c’est bandant d’être de gauche ! Le débat risque d’être usant, on va se faire bien des ennemis à dénicher la merde un peu partout, à fustiger les uns et les autres… mais sans cela, nous perdrons… et là, mes amis, nous allons regretter amèrement de ne pas avoir fait partie d’un « front républicain » qui discerne les adversaires des ennemis. De ne pas avoir été de ceux qui savent que la bête peut aussi bien avoir sur le coup une croix gammée qu’un foulard Hermès, qu’elle peut se vêtir aussi bien d’un blouson de cuir que d’un jogging Nike.

L’extrême droite a le vent en poupe, à nous de ne pas être dupes des girouettes qui l’accompagnent.

PS : Le Coq des Bruyères fait une pause, on se retrouve dès la rentrée pour de nouvelles aventures !

par Anthony Casanova

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