La Corse, sois belle et tais-toi
Par Anthony Casanova , le 22 décembre 2015


Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Soirée électorale du 1er tour des Régionales sur France3, les journalistes font patienter les téléspectateurs jusqu’aux résultats de 20H avec un petit sujet sur toutes les régions, c’est joli et ça dépayse. Enfin quand je dis « toutes les régions » j’omets leur oubli de la Corse… Mais n’en soyons pas chagrin, il faut dire que parfois la Corse passe aux yeux de l’Hexagone pour un territoire d’outre-mer à quelques brasses de la France. La Corse, c’est un peu l’exotisme près de chez nous.

Au final, les élections se sont passées sans trop de grabuges, et nous pouvions enfin nous consacrer à de vrais sujets comme les fêtes de fin d’année et la sortie du dernier Star Wars qui n’a même plus le patriotisme linguistique de se nommer « La Guerre des étoiles ».
Bref, nous étions heureux de retrouver Dark Vador au pied du sapin quand tout à coup, patatras ! Un séisme de force 7 sur l’échelle du Buzz médiatique: le fraîchement élu à la présidence de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a fait un discours en langage indigène ! Branle-bas de combat dans Landerneau, c’est Voltaire qu’on assassine, et, roulement de tambour, la grande et fière République se dresse sur ses deux belles pattes tricolores à peine entachées de merde bleu marine, pour sermonner les insulaires. François Fillon, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Marie Le Pen, Benoist Apparu, Jean-Luc Mélenchon n’ont pas perdu une seconde pour remettre la petite île à sa place.

Car oui, la France a toujours aimé la Corse ! C’est pour cette raison qu’en 1914-1918, la Corse fut la seule à mobiliser jusqu’aux pères de six enfants. Au point que sur l’île il y a dû y avoir plus de « Mort pour la France » que de mort naturelle.
La France a toujours aimé la Corse, puisque pour la remercier d’avoir été le premier département libéré en 1943, d’être la seule terre où aucun Juif ne fut dénoncé, la Corse eut le bonheur d’avoir dès 1946 Maurice Papon pour préfet.
La France a toujours aimé la Corse, notamment via sa désignation en 1960 pour l’installation d’une base d’expérimentations nucléaires souterraines (elle finira à Mururoa).
La France a toujours aimé la Corse, puisqu’en 1962, les premières centaines de terres mises en vente au profit de la paysannerie corse par la SOMIVAC furent réservées, à raison de 90%, aux rapatriés d’Afrique du Nord… et c’est cette dernière preuve d’amour qui aboutira, 12 ans plus tard, à la naissance du nationalisme corse.

Si la victoire des régionalistes en Corse est aussi due à l‘éparpillement de la gauche qu’au casting anachronique de la droite, elle est surtout le fruit d’une grande adhésion populaire. Une ferveur de la jeunesse qui englobe des électeurs de droite comme de gauche, une victoire générationnelle qui, entre grosse naïveté et douce espérance, est comparable à l’élection de Mitterrand en 1981. C’est la « Simeoni mania » sur l’île. Talamoni, lui, voulu marquer symboliquement ce désir de changement en s’exprimant en langue corse. Crime de lèse-Molière, c’est un torrent de haine qui tombe sur l’île de beauté.

Joseph Macé-Scaron reprend à sa sauce les mots de Raymond Barre en disant aux Corses de « prendre leur indépendance, et bon vent. » Christophe Barbier, lui, juge que sans la France, la Corse serait le royaume de « l’argent sale de la mafia ».
Dans le journal « la Dépêche », Laurent Jacques, trouve que « ce petit pays ne produit guère que des châtaignes, des clémentines, des sangliers et des vendettas, ce qui ne l’empêche pas d’exporter des douaniers et des policiers, des truands et des parlementaires, pas toujours faciles à distinguer » en concluant : « Mussolini à qui l’on suggérait d’envahir l’île aurait répondu : «Je veux bien la cage, mais je ne veux pas les oiseaux.» On peut comprendre. »
Dans le journal « le Courrier Picard », Jean-Marc Chevauché, lui, approuve la démocratie en de bien jolis mots : « puisqu’une élection souveraine est venue porter aux perchoirs corses deux hommes qui ne sont plus dans la République, il va bien falloir en tirer les conséquences. Dès lors, ou on accepte de continuer à voir des préfets assassinés et des militaires pris pour cible, ou on donne à la Corse son indépendance. On garde des eaux territoriales, et tout autour de l’île :… un champ de mines. Dès que vous en avez assez de bâfrer avec des châtaignes et du fromage de chèvre, amis corses, dites-le nous ! On pourra rediscuter. »

Ce qu’il y a de fascinant chez ces braves gens, c’est le dédain et le mépris avec lesquels ils s’adressent à la population vivant en Corse. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent sur cette région qui serait indissociable de la France « une et indivisible » vous mettez la retenue où vous voulez, ils en causent comme si les insulaires étaient des « assimilés » de la République. Alors je pose une question aux amateurs de comédies romantiques : Ce genre de preuve d’amour, ça ne vous donnerait pas l’envie de rompre?

par Anthony Casanova

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