La DeLorean est en panne
Par Anthony Casanova , le 27 octobre 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Avant qu’un autobus ne rencontre un camion pour laisser place à 43 petits corbillards, le seul moyen de locomotion dont nous avions entendu parler la semaine dernière était la DeLorean du Doc Emmett Brown qui embarqua le jeune Marty McFly en 1955 puis en 2015, en faisant un petit détour par 1885.
Pendant cette semaine de commémoration quasi planétaire, le journal Libération consacra un dossier spécial sur le film, en se demandant si la science était au rendez-vous des rêves de la bande à Robert Zemeckis. Puis Libé publia sur les réseaux sociaux une critique négative du film paru dans leur journal le 30 octobre 1985. Autant le dire, les commentaires des internautes furent des plus lapidaires, en reprochant au journal son élitisme pour ne pas dire sa pédanterie, et surtout de s’être lourdement trompé en disant que ce film était « nul ».

Mais n’a-t-on pas le droit de penser qu’un film à la gloire de l’archétype du « teen-ager bubble gum » est un navet sous prétexte qu’il a eu du succès ? Ne peut-on pas voir que l’apologie de l’adolescence via sa capacité à consommer ce qui est à la mode ne pousse pas bien loin le bouchon de la créativité ? Évidemment que Retour vers le futur est le film idéal à mater en mangeant une bonne glace, mais merde ça ne fait pas tout ! Ce n’est pas parce que c’est « culte » qu’il faut dire « amen ».

Certes j’ai vu – comme tout le monde – Retour vers le futur 500 fois, et alors ? Est-ce une raison pour ne pas s’interroger afin de savoir si ce film n’est pas en train de parler à ce qu’il y a de plus bourrin en nous ? Oh non, surtout pas ! Parce que sinon vous allez finir par dire que vous vous faites royalement chier devant « La grande vadrouille » ou « Star Wars »… Eh bien justement, Louis de Funès me laisse encore plus de marbre que les aventures binaires de Dark Vador ! Mais ça ne se dit pas, parce que vous comprenez « les gens aiment ça ». La belle affaire !

La critique, le pas de côté, le rire et le doute qui remettent à leur place la ferveur et la servilité d’une daube sous prétexte du nombre de bénéfices engendrés depuis des décennies est insupportable. Plus ça touche de gens, plus ça doit imposer « le respect », Un peu de recul nom de Zeus !

Qu’il s’agisse d’un film ou d’un fait divers : c’est bien du nombre qu’il s’agit. C’est grâce au nombre de personnes touchées que l’on voit apparaître la mièvrerie émotionnelle. Par exemple, cet accident de la route dans le sud de la France, s’il y avait eu 1 mort hebdomadaire depuis 43 semaines, combien de temps aurait-il encore fallu avant que la presse ne s’en empare ?

Comme pour le cinéma, comme pour les croyances ou la fausse empathie des charognards du cœur, il faut être critique. Et la critique passe autant par l’analyse que par le rire. Car n’en doutons pas, il va bien y avoir encore un dessin ou une boutade du genre : « depuis le drame et le nombre de victimes à Petit-Palais, la commune risque de se rebaptiser « Micro-Palais », pour assister au branle-bas de combat contre le salaud qui aura voulu se moquer de l’horreur pour oublier notre impuissance face à la fatalité.

D’ailleurs, si nous empruntions La Delorean du Doc Emmett Brown pour revenir en 1982, nous pourrions assister au procès du journal Hara-Kiri, ancêtre de Charlie Hebdo, qui condamna pour « offense à la douleur » le Professeur Choron, Cabu, Gébé et toute la troupe parce que ces-derniers avaient rigolé d’un accident de la route qui avait provoqué la mort de 46 enfants.

Devant l’incompréhension du jugement, Jacky Berroyer déclara : « Dans 20 ans, quand tu raconteras qu’en 1982 un autocar brûlait, eh bien ça ne faisait pas rire les gens, on ne te croira pas ». Eh oui, Le futur n’est jamais à la hauteur. A la vitesse où ça va, ce dont j’ai peur, c’est que dans 30 ans, on en soit à dire à propos de notre époque : « rendez-vous compte, en ce temps-là, les gens riaient ».
Après le pataquès de la Une de Charlie sur Morano, et de celle sur le petit Aylan, vous allez voir que les partisans du premier degré vont bien trouver encore un humoriste à foutre au bûcher.

par Anthony Casanova

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