La loi du foot
Par Anthony Casanova , le 19 juin 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

L’heure est grave, veuillez cesser vos vaines activités car voici venu le temps du football. Ah le foot ! Ce sport merveilleux qui nous démontre, à chaque événement, que le chaînon manquant entre l’Homme et le con a la forme d’un ballon. Et dans la série «plus con que moi, tu meurs», la Coupe du monde de football prend généralement la pole position. Les enjeux sont importants car il s’agira de savoir qui de l’écurie Nike ou de l’écurie Adidas remportera la mise. Boursicotage grotesque sur fond de «à mort l’arbitre», le foot est surtout, et avant tout, une belle histoire de pognon. Une histoire racontée avec les pieds par 22 hommes-sandwichs qui, feignant de représenter une ville ou un pays, se battent pour les beaux yeux de la publicité.

Que de logos, de maillots, de panneaux au bord du terrain où la pub est omniprésente. Les compétions nationales portent même le nom d’une marque: En France c’est Conforama (ligue 1) et Domino’s pizza (ligue 2), en Italie c’est TIM (téléphonie mobile), Santander (une banque) en Espagne… et les stades ne sont pas en reste puisqu’ils en sont arrivés à vendre leur nom. Fini le temps où un lieu racontait une histoire, on ne joue plus au Vélodrome mais à l’Orange Vélodrome, le stade du Ray c’est l’Allianz Riviera, bye bye le stade de Gerland et welcome au Groupama stadium. Vous me direz que c’est aussi le cas de Bercy qui se nomme désormais l’AccorHotels Arena. C’est vrai et ça n’en est pas moins con. Vous allez voir, qu’un jour, les noms des villes seront aussi vendus au plus offrant.

Mais, n’exagérons pas, le foot ce n’est pas que ça. Le foot ce n’est pas que du fric, c’est aussi une passion. Une passion qui fait vibrer les foules au son du clairon. Tous ensemble, tous unis contre les salauds d’en face. Le foot c’est la joyeuse apologie de la xénophobie de bistrot. A l’occasion de la Coupe du monde, Orwell rejoue sa Ferme aux animaux dans une arène gonflée de haine. Le Français est un Coq, l’Allemand est un aigle, le Marocain est un lion, le Russe est un ours… et les supporters sont des veaux. Sous l’exaltation chauvine des commentateurs, nous allons entendre que dans tel pays le foot est une religion, que grâce à telle équipe le foot devient un art, mais que «chez nous, ben c’est là où que c’est qu’on a du cœur». Lorsqu’on écoute bien le son d’un match de foot, on y entend cette petite voix médiocre que l’on nomme le patriotisme. On ne vante pas une idée, une histoire, une philosophie, un art ou une culture, non on y déverse sa petite fierté d’être né quelque part. C’est la gloire de l’inné, l’éloge d’un hasard qui fait du voisin, cet éternel étranger, un sempiternel ennemi.

Aujourd’hui en Russie et la prochaine fois au Qatar, ne sont-elles point belles toutes ces équipes qui s’en vont faire mumuse sous l’égide des dictatures ? Mais attention, en sport on ne fait pas de politique ! Surtout pas, «politique» oh le vilain mot. En sport, on prend l’argent où il est, et si vous trouvez ça immoral c’est que vous êtes un rabat-joie. Car ce qui compte c’est de croire, dès le coup d’envoi d’un match, que c’est l’honneur du pays qui est en jeu. Rendez-vous compte, durant un mois, une poignée de mecs auront la fierté de «défendre» les couleurs de leur nation. Alors certes, quand on en vient à prendre des couleurs pour ses valeurs, c’est que ces dernières ne valent plus rien. On brade les services publics, on attend que l’Aquarius ne devienne Le Radeau de La Méduse, l’obscurantisme n’a jamais eu autant de soutiens à gauche et la droite ne sait même plus ce qui la différencie de l’extrême droite… mais vous savez quoi? On n’en a rien à péter : Y a du foot à la télé.

par Anthony Casanova

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