La quille, bordel !
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

« Ca va, c’est bon ? On peut relever la tête et sortir de la tranchée, y a plus d’obus ni de missiles en maraude ? Tout est vraiment fini ? On a terminé de s’insulter, de s’agonir d’injures, de se trainer plus bas que terre, de se traiter mutuellement de fachos, de collabos, de réacs, de stals – des années que je ne l’avais pas entendue, celle-là ! -, de trotskards, de vendus, de banquiers, de flics, de moutons, de faux-culs, de complotistes, d’islamo-gauchistes, d’islamophobes, des laïcarts et de mangeurs de chatons tout mignons. On a complètement fini de virer de nos pages Facebook des relations, des amis, des potes, des voisins de palier ou de plage, des collègues de travail. On a cesser de boycotter le boucher filloniste, la buraliste macroniste, l’infirmier mélenchoniste, la prof cheminadiste – bon, elle, d’accord, c’est un cas, je veux bien l’admettre – et le cadre sup hamoniste. On se rabiboche avec sa sœur libérale-sociale de Droite et avec son cousin patriote réactionnaire d’extrême-gauche. On ferme la porte sur ce champ de ruine, on jette un voile pudique sur ces scènes d’une insoutenable violence verbale et d’une abyssale connerie militante, on boit un coup, on respire profondément, on hoche la tête avec satisfaction ou avec désespoir, on met tout ça dans sa poche avec son mouchoir par-dessus, et on passe à autre chose.

Parce que, qu’on le veuille ou non, qu’on ait voté pour ou contre lui, c’est fait, Macron est élu, il est là pour 5 ans, il vient de se choisir un Premier Ministre juppéiste rocardien, c’est presque aussi courant qu’un dahut dans la Beauce mais à ce qui parait, ça existe, il va faire ce qu’il a annoncé, ça marchera ou pas, mais par pitié, qu’on arrête avec cette campagne à la noix, ça devenait insupportable. Je veux bien encore rigoler un peu avec la garde rapprochée de Camarade Jean-Luc qui tente de tordre l’algèbre et la règle de trois dans tous les sens pour démontrer que le Lider Minimo a en fait gagné, qu’il est la victime du système, de la Presse, des Médias, du Groupe Bildenberg, de BHL, du Mossad et de la loi de Murphy, ça, c’est un peu marrant. J’accepte encore de ricaner en regardant la Droite tenter de se racheter une légitimité en balayant le programme de Fillon sous le tapis en loucedé, je peux verser ma larme en constatant que le PS de Mitterrand est descendu en Deuxième Division – Ah, on me souffle dans l’oreillette qu’on dit la Ligue 2 depuis 2002 -, je peux jeter une fleur de lys fanée sur la tombe du Dupont-Aignan inconnu, je vais regarder avec plaisir et en croquant du chocolat les couteaux sortir dans le parti de l’extrême-Blonde. Je veux bien tout ça, mais surtout, qu’on arrête avec cette campagne moisie, c’était une opération terre brûlée, à côté des candidats et de leurs militants, Attila pourrait passer pour un aimable promeneur du dimanche et le sac de Rome de 1527 par les troupes du Connétable de Bourbon pour un pique-nique un peu agité.

Donc, à partir de maintenant, le Président va présider, le Premier Ministre premier-ministrer, les opposants vont s’opposer et Jean-Pierre Pernaud va parler du dernier sabotier de Champagnole, chef-lieu du canton du Jura. En juin, si vous aimez Agnan – mais si, le copain du Petit Nicolas, le premier de la classe, celui qu’on ne peut pas baffer parce qu’il a des lunettes – , pardon, Emmanuel Macron, vous irez voter En Marche, ce qui n’est pas si simple à réaliser, ou pour les gentils candidats de Les Républicains, ou pour les Super Insoumis de la France Vachement Insoumise, ou pour les fantômes du PS ou pour votre belle-sœur si ça vous amuse, mais surtout, par pitié, pas une deuxième campagne du même acabit, avec armes de guerre et cris d’orfraies, ça finirait par lasser les patiences. Surtout la mienne.

Parce que j’ai beau être d’un naturel aimable et tolérant, faut pas me piétiner le neurone à tranquillité trop souvent. Tiens, le prochain qui m’explique que son candidat, c’est un mélange de Jésus-Christ, d’Hypatie, de Bayard, de Richelieu, d’Olympe de Gouge, de Clémenceau, de Jean Moulin et de Joséphine Baker et qu’en plus, il fait vachement bien le cassoulet, c’est pas dur, je lui fais bouffer sa carte électorale !

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

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