La saison du faisan
Par Naqdimon Weil , le 26 mars 2019

NAQDIMON fait son malin

Ce qu’il y a de bien avec les spécialités locales, c’est que ça donne toujours à ceux qui sont justement des locaux l’occasion de se rengorger. Imaginons un peuple habitant le trou le plus moisi de notre jolie planète, peuplade inculte, inapte à la Peinture, à la Sculpture, à la Littérature, à la Musique, à la Gastronomie ou même à toute forme d’imaginaire, ajoutons, pour rire, qu’en plus, il pleut 99 % du temps dans leur bled moisi, rien ne pousse et on se nourrit exclusivement de rats morts de dépression nerveuse, crus, évidemment, vu qu’il pleut tout le temps et que le bois est détrempé, bref, la catastrophe ethnologique absolue. Hé bien, malgré tout ça, je vous parie mon salaire du mois au Coq que les indigènes du coin seront très fiers de vous montrer leurs élégantes casquettes en peaux de rats, dont ils sont les dépositaires exclusifs depuis la nuit des temps. C’est comme ça, on apprécie toujours ce qu’on nous présente comme notre particularité.

Tiens, moi qui vous cause hebdomadairement chaque semaine, en tant que Français de base, je peux m’enorgueillir de quelques spécialités locales, du genre le Macaron de Nancy, la Mirabelle de Lorraine du Sud, l’alcool de Mirabelle de Meurthe-et-Moselle et Charlélie Couture. N’y voyez là aucune forme de chauvinisme sud-lorrain, je ne fais que mettre en avant des produits locaux comme un Alsacien pousserait la Flammekueche, le Riesling, la Shwatzkawaya et Alain Bashung et un Marseillais, le Pastis, la Bouillabaisse, le Vieux-Port et Marcel Pagnol – ou l’OM, s’il préfère le foot à la littérature -, bref, rien que de très normal, je suis même certain que Sibille doit avoir des trucs à raconter sur Châteauroux et ses célèbres casquettes en peau de rat. Et c’en est pareil pour chacun quant à sa région et à son pays. En France, des spécialités locales nationales, on en a des tas, les vins, les fromages – pas un mot, les Italiens, vous êtes bien gentils, mais là-dessus, je ne transige pas ! -, la culture et surtout, une spécialité que le monde nous envie, les intellectuels. De Gauche, évidemment. Car il n’y a pas d’intellectuels de Droite, seulement des idéologues, c’est bien connu.

Ce n’est pas pour frimer, mais dans ce pays, vous donnez un coup de pied dans une chaîne de télé ou une station de radio et y a un intellectuel qui tombe. Et qui vous explique pourquoi ce que raconte son petit camarade est absolument vrai selon Sartre ou Derrida ou est complètement con, d’après Freud et Deleuze, le tout entrelardé de citations de Valéry Larbaud, s’il est chic, ou de morceaux des Tontons Flingueurs, s’il a le sens du gag. Ensuite, les intellectuels de Gauche se réunissent pour huer les idéologues de Droite et les sociaux-démocrates, surtout les sociaux-démocrates, d’ailleurs, qui, je vous le rappelle, ont tous fusillé les Spartakistes en 19 à Berlin et ont pactisé avec la Démocratie Chrétienne corrompue en Italie dans les années 70, tous des sales traîtres.

Pas plus tard que ce matin, j’ai découvert, heu, non, soyons honnêtes, on m’a fait découvrir un nouveau fleuron de la pensée française qui sait qu’elle pense, le dénommé Juan Branco. Malgré un nom à zigouiller des bovidés à l’épée dans une arène madrilène, notre penseur de la tête n’est pas espagnol et ne fait pas de corrida, non, il est avocat, il défend gratuitement les Gilets Jaunes, au point qu’il en est au RSA, il écrit régulièrement dans le Monde – absolument pas – Diplomatique et il honnit Macron qu’il traîne dans la boue dès qu’il en a l’occasion, ce qui est bien son droit, en s’appuyant sur des poncifs tellement éculés et avec un style tellement pontifiant et boursouflé qu’on dirait un discours de Georges Marchais repris par un Thierry le Luron de carnaval. Que ce jeune homme haïsse le président de la République, c’est bien son problème et je m’en contrebats les steaks avec une tapette à mouches, mais que cet ancien élève de l’École Alsacienne, ex-étudiant de la rue d’Ulm, vienne jouer le fils du Peuple en colère, voilà qui fait bicher le vieux misanthrope que je tends à devenir. Oh le beau modèle de faisan intellectuel que voilà, tellement plein de lui-même que c’en est fascinant ! Rien qu’à parcourir ses écrits, je me marre comme une réunion de bossus, à ce niveau d’autosatisfaction, je ne connaissais que Camarade Jean-Luc.

Ah ben d’ailleurs, c’est l’un de ses avocats, me dit-on dans l’oreillette.

Oh, que je suis surpris !

par Naqdimon Weil

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