Lactel aime ça
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Il est des affirmations assénées sous forme de vérité que l’on entend de façon systématique et pour lesquelles on sent bien qu’au fond, elles ne sont que du turlututu chapeau pointu : « ce que je recherche avant tout chez un homme, c’est qu’il soit gentil et honnête » ou « votre candidature est très intéressante, nous reviendrons vers vous rapidement ». Il y en a une à la mode en ce moment qui résonne du même gong creux : « il n’y a aucun risque pour la santé à être végan. On peut très bien compenser sans développer de carences ». C’était sûrement l’argument favori d’un couple belge, végétariens jusqu’à la situation professionnelle, quand ils devaient considérer avec mépris les carnistes microcéphales qui font claquer leurs papilles après un foie gras onctueux ou un filet de dorade. Jusqu’en 2014.

C’était le temps de leur troisième bébé et les trois premiers mois se passèrent sans encombre : le bébé était allaité comme il faut par la maman et on peut supposer que le papa, comme tout papa qui se respecte, ne comprenait pas pourquoi sa femme ne lui laissait pas accéder à ses morceaux inférieurs, sinistrés par ailleurs, alors que ça fait quand même trois mois, merde. Puis un beau matin, la femme s’est retrouvée avec moins de lait dans la mamelle que dans un rutabaga alors il a fallu trouver des palliatifs. Le nourrisson supporta mal le lait artificiel, rapport au fait qu’il évacuait du liquide par plusieurs orifices normalement pas prévus à cet effet, donc les parents optèrent sans consultation pédiatrique préalable pour du lait végétal, qui n’a de lait que le nom sur l’étiquette à cause des connards du marketing qui s’en branlent d’induire les gens en erreur tant que ça vend bien.

Au bout de sept mois, le bébé pesait 4,3 kg, soit l’équivalent d’un raton laveur mort ou d’un godemichet à double embout. C’est aussi grosso modo le poids d’un bébé à l’éclosion, quand il sort de l’épisiotomie de la maman. Il y avait de quoi se faire un chouïa de mouron, mais il faut croire que certains végans voient la vie du côté cool. Après avoir essayé le lait de maïs, de riz, d’avoine, de quinoa et de sarrasin sans plus d’effet sur la corpulence du bébé qu’une tranche de pastèque ou un bol d’azote, ils décidèrent de consulter un spécialiste. Enfin, un homéopathe.

Ce choix s’explique par leur aversion pour la médecine traditionnelle, celle qui a relégué la variole dans les livres d’histoire et qui permet d’agoniser de son cancer pendant plusieurs années. L’homéopathe contempla l’état du bébé du haut de sa formation en plantes médicinales et constata que ce cas dépassait évidemment le cadre de sa compétence. Il somma aux parents d’aller aux urgences pour voir de vrais médecins mais hélas, sort tragique, prévisible et un brin ironique, le bébé mourut sur le trajet. Malnutrition chronique et déshydratation. Pour ainsi dire parti pour des idées qui n’étaient pas les siennes.

Le mercredi 14 Juin dernier, les parents risquaient jusqu’à 18 ans de prison. Ils ont finalement écopé de six mois avec sursis, pour avoir « causé la mort sans le vouloir ». On pourrait trouver la sentence scandaleusement petite, mais on ne pourra pas enlever à ce couple végan la force de leur conviction : laisser mourir son gosse plutôt que participer au viol collectif des vaches laitières, chapeau.

(l’info originale sur le site de 20 Minutes)

Par Romain Rouanet

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