L’amour au formol
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

La misère sexuelle peut parfois faire des ravages.

D’après une étude sérieuse parue dans une revue imaginaire, elle serait à l’origine de dépression voire de suicide chez les hommes. Sur une durée de mariage suffisamment longue, la misère sexuelle explique pourquoi les femmes finissent par tromper leurs maris. Elle est également une excellente hypothèse pour comprendre les interventions abruptes et sans classe des blaireaux de l’espace public capables de sortir en plein après-midi et sans introduction un « t’es bonne » salace sur le passage anodin d’un corps féminin anonyme, ce qui ne représente en définitive qu’une version remaniée tragi-comique de « sur un malentendu, ça peut marcher ». On peut enfin espérer que la misère sexuelle puisse expliquer le comportement de ce roannais septuagénaire, arrêté le 31 octobre dernier parce qu’il avait pris la mauvaise habitude de pénétrer dans le funérarium pour s’introduire dans les mortes. Ou l’inverse, c’est pareil.

Personne ne peut perdre autant d’êtres chers en si peu de temps. C’est sûrement ce que ce sont dit les agents funéraires quand ils ont commencé à repérer le va-et-vient incessant d’un homme, notre homme, qui se rendait fréquemment dans les salons mortuaires pendant les heures d’ouverture. Pour ceux qui n’ont jamais eu la chance de perdre un être cher, le salon mortuaire est l’endroit où le cadavre taxidermisé repose, normalement en paix et près des larmes, en attendant d’être enfoui jusqu’à ce qu’éternité s’ensuive. En général, c’est un endroit où on te laisse seul avec l’enveloppe du défunt ce qui s’avère pratique quand on veut s’adonner en toute pudeur à un recueillement ou, de toute évidence, à certains fantasmes. Voyant le manège de l’homme, les agents funéraires décident d’établir une surveillance et finissent par le gauler en flagrant délit le 31 au soir en train de s’essouffler à l’intérieur d’un corps glacé alors qu’à 70 ans, c’est quand même un coup à se chopper une mauvaise grippe. Pour les agents funéraires, le Halloween est réussi : ça leur fera une bonne histoire à raconter dans les dîners.

Bon, évidemment, ça fait tiquer. Il peut pas faire comme tout le monde et partir un coup vers les porcs d’Amsterdam, là où certaines dames s’annoncent disponibles en léchant légalement les vitrines ? Il peut pas choisir comme tout un chacun les matelas de stupre tarifés, factices et pourtant réels ; les escorts très belles au taux horaire de PDG ou les putains très contraintes dans leurs camionnettes funèbres imprégnées de larmes, de sperme et de punaises de lit ? Bon après tu me diras, l’avantage d’opter pour le funérarium, c’est que tu peux partir sans payer. Et c’est plus pratique devant la loi d’être adepte de la nécrophilie que client de la prostitution. Que demande le peuple ?

Notre homme s’en tire en effet avec une simple mise en examen et repart libre, avec obligation de prendre des soins. N’en déplaise à certains, il est aussi absurde de parler de viol ici que de laïcité en Syrie. D’un point de vue légal, le corps mort est un objet, c’est-à-dire qu’un épagneul breton ou Jeremstar a plus de droits que le cadavre de ta grand-mère. Peut-être faudrait-il, à l’instar de l’être sensible pour nos amis les bêtes inférieures, créer un statut particulier, vue la charge symbolique que porte la dépouille d’un être humain ? En attendant, c’est comme les tournevires financiers des élites, coucou les Paradise Papers : c’est pas forcément moral mais ça reste légal.

Parce que, que je sache, personne demande la permission à son gode avant de se le mettre.

(l’info originale sur le site de 20 Minutes)

Par Romain Rouanet

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