Langueurs hivernales
Par Naqdimon Weil , le 15 janvier 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause toutes les semaines dans le Coq, je pourrais encore renauder sur les humoristes militants de France Inter, mais je crois avoir fait le tour de la question et je ne vais pas m’acharner sur Meurice, c’est un copain de Sibille et j’aime beaucoup Sibille. Ou je pourrais m’agacer sur les prétendus défenseurs de la démocratie qui squattent les ronds-points et les réseaux sociaux – je ne vais pas les appeler Gilets Jaunes, car ce serait sous-entendre qu’il s’agit d’un mouvement unitaire, là où il n’y a qu’une unité de protestations – et qui s’en prennent aux journalistes, aux humoristes ou aux opposants, avec des vrais relents d’antisémitisme, de racisme et d’homophobie comme le recommande le Manuel du Parfait Petit Facho en Campagne, je le laisse à Casanova, il en parlera mieux que moi. Je pourrai me gausser des transfuges de Les Républicains vers le RN, qui ne font qu’assumer leur pente naturelle. Voire me foutre en rogne contre une courge pleine de bons sentiments ou un benêt sans culture politique ou scientifique qui s’appuient sur leur notoriété cinématographique ou télévisuelle pour tenir des propos ineptes sur la Démocratie et l’écologie, hé oui, n’est pas Hedy Lamarr qui veut, ma poule.

Notez, dans la série des trucs qui me polluent également la pensarde, je pourrais aussi m’attarder sur l’usage des superlatifs dans le discours médiatique, la consultation « populaire » lancée par Jupiter-Ubu Macron est donc « La Grande consultation », Camarade Jean-Luc qui parle de « déferlement » avant n’importe quelle manif avec trois clampins et deux banderoles et tous les crétins qui « Dictature ! », quand on applique bêtement la loi républicaine. De même, les diminutifs me collent le bourdon et j’ai les dents qui poussent chaque fois que j’entends un quelconque gastronome médiatique m’expliquer que je vais faire cuire un petit poulet rôti pendant une petite heure accompagné d’une petite sauce à l’estragon sur une petite poêlée de champignons… Oh, putain de mes os, c’est la cuisine des Schtroumpfs, ou quoi ? Je vais passer sur les crimes contre la langue, liaisons mal-t-à-propos, usage abusif de formule incomprise, « un » espèce pour « une » espèce, tout ce gloubi-boulga approximatif qui est sensé être porteur de sens, sans oublier, les gimmicks et expressions à la mode, mélange d’argot de bas étage et de technolecte anglophone, pour faire bander quelques « happy few » qui feraient vomir Shakespeare de rage.

Si je rajoute à cet émétique brouet les sujets qui fâchent, mais pas toujours à bon escient, Israël, les vaccins, les produits phytosanitaires, la Science et la Raison, la Laïcité, et j’en passe, j’ai la tension qui explose les limites médicalement autorisées. Et encore, je ne parle même pas des inepties de la téléréalité, les faits divers montés en épingle, la vie des vedettes devenant sujet de débat – pauvre Ribéry !, en plus d’être con comme un sac à main, le voilà repoussoir à prolo, lui qui est pourtant bien un vrai fils du peuple ! – et les émissions où l’on vous apprend, ô stupeur et tremblement, que si on se lave, ben, après, on est propre…

Donc voilà 10, 20, 30 sujet auxquels je pourrais facilement m’attaquer, laissant ma naturelle ironie se répandre sur leurs acteurs et sur leurs médiateurs. Et je suis certain qu’en cherchant un peu, je trouverais de quoi alimenter cette modeste chronique chaque semaine pendant 15 ans. Ce serait une fort bonne chose.

Mais je ne vais pas le faire. Pas parce que je suis un fervent humaniste bêlant, même si ce n’est pas loin d’être vrai, ou par amour de mon prochain – à qui je préférerai toujours ma prochaine, hétérosexualité oblige – ou par pure bonté d’âme. Non, si je ne vais parler de rien de tout cela, c’est parce que je suis fatigué. Fatigué de m’énerver contre toutes ces conneries et toutes les autres, plus courantes, plus quotidiennes, plus administratives, qui nous concernent toutes et tous. J’ai le sentiment de vider la mer avec une petite cuillère à moka trouée. Tout ça m’épuise et comme je ne crois pas qu’il y ait une solution à tout cela, ça n’améliore guère mon moral.

En fait, ce qui me fatigue le plus, ce doit être ma propre bêtise, celle qui me fait m’énerver devant la stupidité du monde.

Bref, tout bien considéré, je me fatigue tout seul.

par Naqdimon Weil

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