L’apolitique selon Macron
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Ce quinquennat avait un mois et déjà le Monopartisme perçait sous le Macronisme. Aujourd’hui, tout le monde semble «en marche» au point de se demander si les courants politiques n’ont pas dépassé leur date de péremption. Macron, en bon petit camelot, sait bien qu’il vaut mieux faire une addition qu’une soustraction lorsqu’on souhaite vendre un produit. C’est pourquoi Macron n’est pas «ni de gauche ni de droite» mais «de gauche et de droite».  La nuance vous échappe? N’ayez crainte, avec la Macronmania, il n’y aura bientôt plus de nuance.

Le Président est «en marche», et ainsi soit-il! Si vous pensez que d’autres préfèrent être assis pour réfléchir, ou rester debout pour résister, voire courir pour dépasser le marcheur… vous êtes un gros ringard. D’ailleurs, celui qui, à l’heure actuelle, affirme être encore soit de gauche soit de droite passe pour un con. La mode est à l’ambidextrie politique, il faut être à la page, c’est le complexe du shampoing: ou vous êtes un «deux en un» ou vous n’êtes plus rien.

Pourtant la fin du clivage gauche-droite est un leurre. Car la politique reste l’unique moyen dans une démocratie de faire vivre la société avec son époque, c’est une démarche concrète dont le but est d’accepter son son passé, de gérer le présent, et de préparer l’avenir. Les idées politiques proposent des réponses qui se veulent au choix: révolutionnaires, progressistes, conservatrices, réactionnaires… or, faire croire que ces clivages sont désormais caducs, sous-entend que les débats ne servent à rien puisqu’il n’y aurait plus qu’une seule solution. A ce titre, Macron est la synthèse de ce que redoutait Paul Valéry en écrivant que «la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde».

On entend, ici ou là, de nombreuses moqueries sur ces nouveaux députés étiquetés «La République En Marche». Malheureusement, rassurons-nous, les nouveaux ne seront pas plus mauvais que les anciens. Parce que, soyons sérieux, si Nadine Morano, Christine Boutin, Eric Ciotti, Patrick Balkany ou Clémentine Autain peuvent être députés, tout laisse à penser que ça doit être à la portée de tout le monde.

En revanche, Macron ayant choisi ses députés sur CV et lettre de motivation, cela pose le problème de la cohérence. Ne les connaissant pas, on ne sait pas ce qu’ils voteront. Certes, ils ont signé un document pour valider qu’ils feront là où on leur dira de faire… mais jusqu’à quand? Une fois qu’ils auront voté les lois techniques qui échappent aux non-initiés, qu’en sera-t-il des lois sociétales où même les profanes ont un avis sur le sujet? De plus, une grande partie des députés estampillés «Macron» étant déjà députés sous une autre étiquette, redessiner la nouvelle Assemblée Nationale en prenant en compte le passif de chacun pourrait nous donner une autre lecture de cette nouvelle majorité.

L’abstention record de cette élection ne corrobore pas le renouveau politique appelé par le duo Emmanuel Macron et Edouard Philippe. C’est plutôt le signe d’une lassitude pour tout ce qui touche à nos institutions. La seule «nouveauté» qu’apportent Macron et ses suiveurs, résident dans le statut qu’il préconise pour l’Etat. Longtemps, nous avons considéré l’Etat comme une gigantesque administration, et, par conséquent, nous confiions les premiers rôles aux diplômés de l’ENA. Tandis que Macron préférant donner à la France la raison sociale d’une entreprise, il s’en est allé chercher ses sbires sur les bancs de HEC.

Macron s’affirme en patron de la start-up France, le CAC 40 en sera les clients, et les citoyens en seront les salariés… au train où ça va, vous allez voir qu’aux prochaines élections nous voteront directement en ticket-restaurant.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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