L’avènement des caricatures
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Pour faire face à un monde qui ne cesse de se complexifier, les peuples ont l’air de favoriser les solutions les plus simplistes. Brexit au Royaume-Uni, Trump aux USA… chaque pays met le populisme à la pâte pour nous sortir une solution aussi miraculeuse que clivante. Puisque la droite française s’est rangée derrière le panache moisi de François Fillon, la gauche, quant à elle, si l’arithmétique est respectée, intronisera Benoît Hamon dimanche prochain. Ouvrons pour une fois les yeux, car dans ce contexte nous ne serons plus dans la politique fiction en affirmant que tous les feux sont au vert pour la famille Le Pen.

Inutile de penser à Macron qui, seul dans un centre au périmètre élargi, jouera à merveille le rôle de la baudruche explosant en plein vol sous le regard médusé des nostalgiques de Jean Lecanuet. Pour ce qui reste de la gauche, bien que le programme économique d’Hamon soit très proche de celui de Mélenchon, il est fort à parier que ce-dernier se servira du «revenu universel» pour ne pas souscrire à une campagne commune qui permettrait d’espérer la présence de la gauche au second tour. Bref, tout nous dirige vers une impasse.

Hamon la caricature de la gauche pour la droite, Fillon la caricature de la droite pour la gauche, et Le Pen qui est depuis si longtemps une caricature pour tout le monde que nous avons fini par croire qu’il s’agissait d’un simple portrait. Car depuis 2002, la peur du FN chez la majorité de nos concitoyens s’est changée en un bon vieux «rien-à-foutre» ou un «ce-ne-sera-pas-pire que cette gauche ou cette droite» qui laisse présager que, petit à petit, dans l’inconscience collective, l’extrême droite à défaut d’être respectable est devenue envisageable.

Les deux grandes familles politiques ont fait le choix de sélectionner la version la plus «dure» de leur parti au point que l’un ne peut servir que d’épouvantail à l’autre. Alors, certes, ça galvanise le militant de base, mais le pays dans son ensemble ne se masturbe pas d’avantage dans les colonnes du Monde diplomatique que dans celles de Valeurs Actuelles. Ça ne fait certainement pas plaisir aux passionnés des lendemains qui chantent et aux amoureux transis de la veille qui ronfle mais Porto Alegre c’est loin et Saint-Nicolas-du-Chardonnet c’est vieux.

Il n’y a que les dictatures que l’on révolutionne. Un pays démocratique, lui, on l’améliore. On y fait attention, on le transforme sans que le camp d’en face n’ait la trouille de voir arriver son concurrent sur le trône. Une démocratie c’est fragile, c’est imparfait, il faut faire patiemment avec ceux qui ne pensent pas comme nous, parce qu’au jeu des candidats qui servent de répulsif au point de rendre tout cordon sanitaire inenvisageable, on va se retrouver avec une bonne grosse merde bleu marine à l’Élysée.

Oh je les entends déjà ceux qui diront: «y en marre de crier au loup en agitant le spectre du FN.» À ceux-là, je rappellerai que dans le conte, à la fin, le gamin, il se fait bouffer.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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