L’avenir, c’était mieux avant
Par Naqdimon Weil , le 5 février 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause – et même que j’ai bien du courage de le faire, vu que j’ai passé la nuit devant le Super Bowl, alors que c’était un match de merde. Quoi? Qu’est-ce? Qu’ouï-je? Un chroniqueur du Coq qui annonce tout de go qu’il regarde du sport à la télé et en plus le sport le plus typiquement nord-t-américain et qui n’a pas honte de le faire face à la France entière et alors que les camarades Gilles et John tiennent les carrefours pour sauver la Démocratie, la République et le pouvoir d’achat? C’est une honte! Bon, d’accord, j’ai honte. Naaaan, j’déconne. J’aime le foot US et j’emmerde les ayatollahs chauvino-beaufesques à ce sujet. PS: je regarde aussi les coupes du monde et d’Europe de football (soccer) et j’emmerde les méprisants y afférents. Fin de la digression sportivo-nocturne -, et ce toutes les semaines car j’ai l’esprit de l’escalier sans le monte-escalier Stannah©, je suis plutôt un petit gars ouvert à l’avenir. Le côté «Ouaaaah, c’était ‘achement mieux avant» a une légère tendance à me faire sortir les crocs. Tiens d’ailleurs, les Crocs, ces immondes pompes en plastique coloré, c’est récent et c’est super moche, mais guère plus moche que les ignobles sandales du même métal, mais transparentes, que je portais dans ma jeunesse, bordel que c’était laid! Cet exemple précis et plein de finesse démontre que je sais faire la part des choses.

Mais tout de même, le jour où ils – je ne sais pas de qui il s’agit exactement, alors je fais comme tout le monde, je dis «ils». J’aurais pu dire «on», mais c’eut été moins élégant – ont remplacé Groquick par Quickie, j’étais tout fâché. Comment ça, vous ne voyez pas de qui je parle ? Pffff. Groquick, l’espèce d’énorme lapin jaune bedonnant et rigolard qui était le symbole du cacao Nesquick, avec un bitos blanc sur le caillou et une bonne tête de bon gros. Hé bien pour répondre à la demande de bonne santé, de fitness et être parfaitement politiquement correct, c-a-d sans les gros, les obèses, les épais, les bas-de-poitrine, les arrondis, les voluptueux, les rebondissants, en 1990, à la benne le Groquick et voila que débarque Quickie, un connard de garenne gaulé comme un coureur de 110 mètres haies, maigre comme un coucou, avec une tronche de premier de la classe. La honte. En plus, ça ne permettait plus d’utiliser le slogan, pourtant sympa, «Nesquick, on en a une énorme envie». D’ailleurs, quand ma camarade de lit de l’époque m’appelait Groquick, ça me faisait frétiller d’aise. Alors qu’un quickie, ce n’est jamais qu’un coup tiré vite fait mal fait sur un coin de table. Décidément, je ne comprendrai jamais les mercaticiens ni les mercantis !

Ben pour le militantisme, c’est tout pareil. Je sais que je vais encore fâcher l’autre blaireau qui me recommande régulièrement de boire mon verre de glyphosate – avec un peu de vodka et un trait de citron, c’est délicieux – parce que je vais encore m’en prendre aux chevaliers blancs du naturalisme de mes deux, mais je m’en tamponne le coquillard avec une boite de Pétri pleine d’OGM. Car je pouffe quand j’entends la charmante, mais un tantinet transparente Emilie Loiseau annoncer qu’elle va désormais prendre du temps sur sa carrière musicale pour porter haut la parole des «Nous voulons des coquelicots» – je ne m’étendrais pas sur l’aberration de vouloir sauver à toute force un joli poison, sinon, le datura, c’est super beau aussi, en fleurs. Nicolino et Veillerette, les initiateurs de cette… chose sont vraiment des clowns! – et même qu’elle en a fait une bien belle chanson. Oui, Madame, parfaitement, une chanson, toute jolie et tout et tout, avec des jolies rimes dedans, et même que la musique, elle est vachement bath. Voilà, voilà, voilà…

Moi, dans ma jeunesse, pour sauver les «boats peoples», on réussissait à réunir sur un même plateau Aron et Sartre. Avant, pour innocenter Dreyfus, Zola prenait la plume et Clémenceau le publiait. Entretemps, pour dénoncer les totalitarismes Orwell écrivait 1984 et La Ferme aux animaux. Et nous, pour sauver le monde et le climat, on a Emilie Loiseau et sa chanson. Ben, il n’est pas dans la merde le monde, tiens !

N’empêche, si un soir dans un coin sombre, je coince ce connard de Quickie, je me le termine aux olives, l’enfoiré!

 

par Naqdimon Weil

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