Le bel été

par | 14 Sep 2021

C’est pas pour frimer, mais faut bien le reconnaître, on a quand même eu un été de merde. Enfin, moi, à tout le moins. Entre le temps pourri, les vacances annulées, les projets qui se noient et le ras-le-bol généralisé, c’est pas dur, j’avais l’impression d’être encore plus mal qu’une participante à une téléréalité qui se serait fait éliminer pour cause d’imbécilité trop patente. Ce qui n’est pas peu dire. Des étés comme ça, si ça pouvait éviter de se renouveler, ce serait bien aimable de la part du Destin.

Notez, ça n’a pas été le cas pour tout le monde. Évidemment, je ne parle pas des quelques ceux qui profitèrent de l’ensoleillement sudiste ou des plaisirs muséaux pour compenser, ils ont bien mérité de la Patrie et ont fait vivre le petit commerce, ce qui a donné une demi-molle à Bruno Le Maire, pour la plus grande joie de Madame, y a pas de petits profits. Et si j’avais voulu faire partie du tas de juillettistes ou du paquet d’aoûtiens, j’avais qu’à me remuer un peu le fion, non, mais, des fois, faut un peu se sortir les doigts, comme disait l’adjudant que je n’ai jamais eu, vu que j’ai soigneusement évité le service militaire, mais là n’est pas le propos.

Je ne disserte pas non plus des marchands de glaces, des vendeurs de tongs et des dealers de crème solaire, pour eux, on va dire que c’est mitigé. C’est moins pire que si on avait confiné, faut bien l’admettre, mais allez donc essayer de refiler du sucre froid, des strings de pieds ou de la graisse anti-UV quand ça tombe comme à Quimper à la Toussaint, vous m’en direz des nouvelles. J’imagine que pour ces braves gens, la saison 2021 a un vague goût de soupe aux cailloux, pas toujours facile à digérer. Et ça m’étonnerait qu’ils arrivent à refourguer l’ensemble des invendus aux touristes de septembre, sauf à faire des lots, mais franchement, qui a envie de se taper une glace parfum Ambre Solaire© dans une tong dépareillée, franchement ? Même aux touristes allemands, on n’arrivera pas à refiler ça, entre une sauterelle toulousaine made in North Korea et une carte postale de La Ciotat…

Malgré tout ça, il y a quand même un paquet de pégreleux qui s’en sont payés une bonne tranche cette année en juillet/août, et ce sont les cons. Attention, je ne parle pas ici du con standard, du con quotidien, du con habituel, celui qui te grille la place au péage en klaxonnant comme un bœuf ou celui qui gueule plus fort qu’un aboyeur de Pigalle à la table d’à côté sur cette terrasse de troquet tranquille, voire celui qui drague la Parisienne – ou la Nantaise ou la Lilloise, va savoir – exilée dans les Sud encore plus lourdement qu’une tractopelle. Non, ceux-là, c’est du classique, du tout-venant, ça rentre dans la catégorie des petits désagréments estivaux, comme les moustiques et le demi à des tarifs prohibitifs, ça fait même partie de la culture touristique, faudrait presque voir à les faire entrer au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

Non, moi, je pense aux cons de compétition, à ceux qui ont fait de leur connerie un motif de gloire et un but dans la vie. Tiens, par exemple, la masse des crétins anti-pass, là-dedans, y a du lourd, du modèle de luxe, du prototype à coller au pavillon de Breteuil à Sèvres comme exemple pour les générations futures, des fois que la connerie soit éradiquée un de ces prochains jours – on peut toujours rêver, non ? -. Et puis c’est pas de l’échantillon unique, y’en a plusieurs sortes, selon l’envie ou le besoin, c’est mieux qu’à la Samaritaine. T’as du politique de Droite énervé, du militant d’Extrême-Droite affolé, du Gauchiste emporté, du toubib décavé et de l’Artiste de variété ébouriffé. Avec ce qu’il faut de has-been à la Bruno Gaccio ou Yvan Le Bolloch pour ne pas oublier les Trotskystes de Canal Plus, pensons un peu à la retraite des anciens rigolos.

Et ça bave des inepties, ça brame des appels au Peuple – qui a certainement autre chose à foutre, le Peuple, vu le résultat de ces vibrants appels… -, ça se drape dans son manteau de défenseurs des Libertés et ça se tripote la nouille ou l’escargot, suivant le sexe, en public, sans honte. Je vous passe les touittes ineptes, les mensonges éhontés, les statuts fessebouc rédigés à la truelle et les cris d’orfraie – qui est un rapace diurne à queue blanche, genre le pygargue, faut jamais louper l’occasion de se cultiver un peu – les plus stupides. Quand le gros Bigard ne fait pas une crise d’histrionisme sur les plateaux télé, y a Lalanne qui veut faire intervenir l’Armée, pendant que Philippot appelle à une révolution de l’amour. Philippot qui parle d’amour, c’est comme un moine franciscain qui causerait de sexe, ça fait peur.

Et tu auras beau leur dire que, par réflexion ou par obligation, les Français continuent à se faire vacciner et surtout, surtout, qu’ils vont dans les troquets, les restos ou les cinoches en arborant leur ail-phone ou leur papelard plié sans que ça ne fasse d’émeute, rien à carrer, tu n’es rien qu’un mouton et un serviteur du pouvoir. Moins de pignolos aux manifs du samedi ? Même pas vrai, à Trou-sur-Coin, ils ont augmenté de 300 %, ils étaient quatre la semaine passée, ils sont douze ce coup-ci, c’est Macron qui doit en chier de peur dans son costume Cyrillus, ah ah, tremble, vieux monde, Akhénaton se lance à l’assaut ! Et pas la peine d’argumenter, de donner des chiffres ou de tenter d’expliquer qu’ailleurs, aussi, dans des pays pas moins démocratiques que la Gaule, y a aussi des passes et des obligations vaccinales, rien à foutre, ailleurs, c’est un rêve, une illusion, voire un mensonge…

Et dire que c’est avec des crétins de ce tonneau qu’on va entamer l’année électorale. On n’a pas fini de perdre notre foi en l’espèce humaine, m’est avis…

Petit espace publicitaire : dans incessamment sous peu pas longtemps, avec ma semi-nièce Déborah, nous allons lancer un peau-de-caste dédié aux nouvelles optimistes, aux projets innovants et emballants et autres petits plaisirs. Deb s’occupera de tout ce qui est bien-être – dont je me moquerai – et moi de ce qui est scientifique et technique – dont elle se gaussera -. Ce sera bimensuel pour commencer et après, plus si affinités avec les auditeurs ! Mais je vous en recauserai dans pas longtemps.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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