Le bonheur est sur les planches (part.10)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Ainsi va l’année scolaire 58-59, avec quelques interventions dans des galas pour les vieux, les pompiers, les infirmières, et quelques soirées de chansons au patronage, équipé d’une vraie salle de spectacles, avec fauteuils, rideaux et loges.

Par un beau dimanche hivernal, voilà qu’on m’annonce la venue de l’évêque de Saint Denis…Va falloir chanter devant un évêque. Ben putain…

Fort heureusement, le public est chaud. Bien que je ne sois pas en odeur de sainteté à cause de mes réflexions anticléricales, les chrétiens du Bourget m’acceptent grâce à mes chansons. Les applaudissements sont donc fournis, et je pense que l’évêque n’y sera pas indifférent. Après le spectacle, il m’accoste pour me dire:

-Au fond, vous êtes un vrai chrétien ! Et vos critiques sur la religion sont fondées.

J’y crois pas. Un vrai chrétien, moi, et c’est l’évêque qui le dit. Toujours est-il que ça cloue le bec des quelques moniteurs qui ne m’aiment pas, estimant que je manque de respect envers les puissances célestes. Une chanson, « Le soir du jugement dernier », leur reste en travers de la gorge:

Ils s’avanceront en long cortège
l’oeil en pénitence, le soeur serré,
dans leurs mains tremblera un long cierge
le soir du jugement dernier
Ils seront vêtus d’aubes en serge
et s’en iront au pas cadencé
pour ne pas marcher sur un sacrilège
le soir du jugement dernier.

Évidemment, les punaises de sacristies, à qui cette chanson est dédiée, ne l’entendent pas d’une oreille bienveillante.
Quant aux gosses, ce qu’ils apprécient dans mon répertoire, ce sont les chansons de cow-boys dont ils reprennent les refrains avec ferveur. Vous en voulez un ? Accrochez-vous…

Sur ma vache
sur ma vache
sur ma vache à lait.

Hein? Celle-là, tu peux la chercher dans ton Lagarde et Michard. La chanson country, je l’avais découverte sur un 45-tours enregistré par les « Rocky mountains » avec, comme chanson phare, « Red river valley », que la troupe actuelle chante toujours, avec des paroles adaptées à la pièce que nous jouons, pièce que je devrais appeler « comédie musicale », mais ma modestie en souffrirait.

Ouf, l’année scolaire s’achève, l’école d’électricité c’est fini, et je le dis à mes parents  qui souscrivent à mon désintérêt. Vu les notes du carnet scolaire, aucun doute n’est permis quant à mon désir d’aller ailleurs, mais où ? Et pour apprendre quoi?

Une de mes cousines, de dix ans mon aînée, que je fréquente depuis la fin de la guerre, se propose de financer mes études pour la classe de première, l’année du Bac. Je saute de joie à la perspective de retrouver les cahiers, livres et stylos comme au bon vieux temps du collège lyonnais, et, le jour de la rentée, me voilà devenu élève d’une école privée dans le quartier Jussieu. Nous sommes une trentaine de potaches, avec quelques filles, et deux mecs auxquels je me joindrai bien vite, séduit par leur capacité à rire de tout et de rien. Alain et Guy. Si la joie de vivre a un sens, on peut dire que ces deux-là ne s’en privent pas. On sympathise vite, Guy joue de la guitare classique et s’intéresse à mes chansons, Alain ratisse les gonzesses de l’arrondissement avec une célérité sans failles, et entre nous trois, les conversations tournent exclusivement autour de la petite culotte. Chose banale chez des mecs de 18 à 2O ans, qui trouvent chez Brasssens de quoi alimenter leur imagination.

Mon père est persuadé du fait que mon avenir est sur scène, advienne que pourra, avant la guerre il voulait devenir auteur dramatique, car il adorait le théâtre, et c’est lui qui me l’a fait découvrir, avec « Le médecin malgré lui » joué par les élèves de l’année du bac, en 1959.Ce fut un gros coup de poing aux tripes, et l’on pouvait voir sur le visage de papa le plaisir de m’avoir fait plaisir. Un peu lorsqu’il m’emmena voir  » Les aventures de Robin des bois ». Pas de baratin, pas de théories chez lui, rien que du concret. J’aurai bien le temps de me livrer plus tard à des analyses pour endormir mon auditoire. Donc, il me laisse tracer mon bonhomme de chemin à travers les auditions dans les cabarets et maisons de disques, dans l’espoir de décrocher un engagement. C’est dur. La concurrence est sévère. Mais c’est un encouragement à mieux faire, et sitôt revenu dans ma chambre, j’ouvre mes cahiers pour foncer à l’attaque de la niaiserie, de la médiocrité, du sirop amoureux, et même des rimes pauvres. Comme j’ai laissé à Lyon une petite princesse dont j’étais royalement amoureux, qui s’appelait Mireille, me voilà lancé dans une suite de couplets frisant le conte de fées, sans toutefois verser dans la mièvrerie, ce qui constitue un exercice difficile. Les contes de fées, ça me remue les sangs, si j’en crois mon émerveillement à la vue de « Cendrilllon », « Pinocchio », « Blanche-neige », etc…Ainsi qu’à la lecture de Grimm et Andersen.

On en tombe amoureux à dix ans
on croit la rencontrer à vingt ans
et l’on tombe du haut
des contes de Perrault
de Perrault
On la cherche encore quelques années
puis quand on ne veut plus l’espérer
son fantôme surgit
au détour d’une nuit
d’une nuit.

Princesse inaccessible
château des pays fous
dans mon rêve impossible
m’entendez-vous…

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

SPECTACLES: 21 mai au théâtre de Dix Heures, avec LUCAS ROCHER et son groupe.
Puis ça reprend en août, en Bourgogne, précisions à venir. Puis Lyon, Saint Etienne, etc.

 

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

# [Les derniers articles de Patrick Font]

La une de Charlie