Le bonheur est sur les planches (part.11)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

De même qu’il y a un radio-crochet sur Radio-Luxembourg; il y a une espèce de concours sur Europe 1, « Les numéros un de demain », patronné par l’hebdo « Music-Hall », où je tombe pour la première fois sur le nom de Johnny Hallyday. Les numéros un de demain, un label prometteur, auquel je m’inscris dans le courant de l’automne. Convoqué par le chef d’orchestre qui doit accompagner les candidats, je propose « Mireille », ma dernière création, et donc ma chanson préférée.

Dans le soleil brûlant
je vais chevauchant
toute la journée
retrouver en chantant
celle qui m’attend
au bord du sentier.

Revoir Mireille
ses cheveux pleins de soleil…

Oui, c’est pas la huitième merveille du monde, mais en chantant cela, je me rapproche de ma petite lyonnaise qui me manque tellement. Mais je n’ai pas voulu m’épancher plus que de raison, de manière à entretenir une authenticité qui pourrait la séduire, au cas où elle entendrait cette chansonnette couleur western. Et elle l’a entendue dans le poste. Et ne m’a jamais écrit pour m’en remercier. La belle s’était agrippée à d’autres garçons, d’après ce que m’en dit mon copain lyonnais dans une lettre qui m’apparut tel un faire-part de deuil. Fini, Mireille, plus jamais, il faut tourner la page mon pote, tu n’es pas le seul mâle à l’avoir prise en amazone sur son vieux vélo, adieu. Et surtout, surtout pas de mélopée d’amours déçues, j’ai horreur de ça, et j’ai envie d’aller dire aux chanteurs éconduits « Si elle t’a quitté, c’est que ta gueule ne lui revient plus, connard ! ».

Plus tard, j’aurai du mal à supporter « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Ah, mais c’est beau. Oui mais c’est con. Sur le thème de la rupture, Brassens a écrit tant de belles choses qu’on a du mal à supporter le reste.

Les numéros un demain, le concours a lieu à l’Olympia. Ben oui. L’Olympia, où jeme dis que je ne chanterai jamais. C’est que je ne connais pas encore Font et Val.

Quelques accords de guitare, et la chanson démarre, soutenue par l’orchestre. C’est comme au crochet de Radio-Luxembourg, la même sensation de paralysie, qu’est-ce que je fous là, les mots affleurent sur les lèvres grâce à de nombreuses répétitions, on n’a pas le droit de se tromper quand on chante, un mot de travers et c’est foutu. Faut être parfait, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Mais bon, ça se passe honorablement. En fin de parcours, la présentatrice Odette Laure annonce le palmarès. Le gagnant s’appelle Jean Galtier, il a chanté « Les grenadiers », un succès d’Edith Piaf. Il se destine à la carrière de chanteur, mais malgré son beau timbre de voix, il fera court. C’est comme ça, dans cette profession pleine d’embûches. T’as des minables qui réussissent, et des gens de talent qui végètent. Je serais tenté de dire que c’est la vie. Bon. C’est pas moi qui referai le monde, alors poursuivons notre bonhomme de chemin sans trop se soucier des ornières et des nids de poules, mais plutôt en cultivant la pâquerette et le myosotis.

Aux vacances de Pâques, on m’envoie faire un stage à l’UFCV, histoire de travailler sur la pédagogie en milieu estival. Il est vrai qu’on ne peut s’occuper des mômes n’importe comment, faut de l’autorité, mais pas que ça. Du sentiment. Les petits doivent se sentir aussi bien que chez eux. Parfois mieux. Protégés. Faut qu’ils sachent que s’ils perdent ou cassent un objet leur appartement, c’est pas la fin du monde. Quand j’étais pensionnaire à sept ans dans les Alpes, une branche de lunettes m’était restée dans les doigts. J’eus la trouille de le signaler à la mère Mac’ Miche qui  nous dirigeait à la manière d’une sorcière bavant la bêtise et la méchante. Alors, je cherchais des moyens de recoller la branche, allant jusqu’à découper un morceau de tube dentifrice pour faire la soudure.

Bon, vu d’ici, ça paraît petit. Sûr que c’est pas du Jules Verne. Mais quand on a sept ans et que l’on craint par-dessus tout les gens qui te gueulent dessus pour un rien, c’est des journées foutues en l’air, et des nuits aléatoires. Ça, je m’en souviens si fort que je désire l’épargner aux mômes.

Qui doivent se sentir aimés, mais pas jusqu’à te chier sur le nez. Merde, sont venus sous les pins et sur le sable pour prendre le maximum de plaisir. « Alors les enfants, si quelque chose ne tourne pas rond, si vous croyez avoir fait une connerie, je vous en supplie, dites-le nous. On n’est pas des miradors. »

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

SPECTACLES: 21 mai au théâtre de Dix Heures, avec LUCAS ROCHER et son groupe.
Puis ça reprend en août, en Bourgogne, précisions à venir. Puis Lyon, Saint Etienne, etc.

 

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

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