Le bonheur est sur les planches (part.12)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire


Durant le stage pendant lequel, ça va de soi, je jette un œil affamé sur les futures monitrices, je suis invité tous les soirs à chanter, car j’ai apporté ma guitare, sans laquelle je ne vivrais pas. Ces demoiselles me couvent de leurs beaux yeux. Ajoutons que l’UFCV est d’obédience catholique, donc fréquentée par des mâles en rut et d’aimables salopes, c’est comme ça, et qu’on ne me dise pas le contraire, à moi qui depuis l’âge de cinq ans ait baigné dans les bénitiers du Vésinet, de la Haute-Savoie, et de la région lyonnaise.

« Que ta main gauche ignore ce que branle ta main droite ».

Attention, quand j’emploie le terme « salope », cela n’a rien de péjoratif, non, il faut sentir le relent érotique qui s’en dégage. Salope, sous ma plume, ce n’est pas une injure, c’est un blason. C’est comme « suce » qui est si doux à l’oreille. Essayez voir.

Bon. Ce stage ne m’apprend rien, comme la plupart des stages, mais il me permet de causer avec des jeunes de mon âge, et j’en ai bien besoin. A la maison, je suis seul la plupart du temps, couché sur mes cahiers de chansons certes, mais en manque de copains. Le quartier est une véritable maison de retraite, où les vieux jardinent consciencieusement, courbés sur leurs sarcloirs et binant la terre pour récolter au printemps une demi-carotte et deux salades tuberculeuses. C’est à peine s’ils te saluent quand tu les salues, je n’aime pas les vieux, quant à leur sagesse légendaire, mon cul.

Fin du stage, on s’échange nos adresses, pour ne s’écrire jamais. Nous sommes notés comme à l’école, en fonction de notre comportement, et je récolte une mauvaise note. Tu penses, j’ai trop capté l’attention des stagiaires au détriment de nos dirigeants qui, eux, savaient tout. Donneurs de leçons, mais aucune pratique. Petits curés prétentieux, pétreux et arrogants, auxquels nous n’avons prêté qu’une oreille distraite, tant ils suaient l’ennui. L’Union Française des Colonies de Vacances devait crever quelques années plus tard, et personne ne suivit le corbillard. Il faut dire que ces années marquent la fin des petits chefs, tant à l’église que chez les Scouts, les patronages, les Coeurs Vaillants, bref, de tous les mouvements de jeunesse à base de religion. Normal: la religion elle-même vacille sur son autel, faute de fidèles et de dames patronnesses, que Jacques Brel chanta si bien:

Pour faire une bonne dame patronnesse
c’est qu’il faut faire bien attention
à n’pas s’laisser voler ses pauvresses
c’est qu’on s’rait sans situation…

Sacré Jacques, qui jusque-là passait pour un catholique endurci, et qui ne trouve rien de mieux qu’aller chanter à la Fête de l’Huma. Là, nombre d’admirateurs lui tournèrent le dos. Boph, disait mon meilleur ami du Bourget, si c’est pour ratisser un peu de fric chez les cocos…Et puis, un Brel subversif, ça fait du bien. Il balancera d’autres chansons de la même veine, telles que « Au suivant ! », « Les bourgeois », « Zangra »…Et, dans son dernier disque, une critique adressée aux Flamands.

Donc, la religion s’affaisse dans les diocèses, et je m’en donne à coeur joie pour participer à la curée. Alors, les moniteurs du patronage me font la gueule, et me voilà taxé de « mauvais esprit », comme au temps du pensionnat religieux de Thonon-les- bains. On sent, chez ces petits bourgeois à la triste queue, les prémices du locataire d’appartement cossu qui donne sur les files de bagnoles parquées le long des trottoirs. On sent le futur pater-familias dispensant à ses chiards ses principes d’ancien combattant formé dans les roches de la forêt de Fontainebleau, tout au long des week-ends sous la tente, où, à la lueur du feu de bois, on se raconte des blagues à faire mourir de rire un régiment de pierres tombales. L’ennui. Pas une idée plus haute que l’autre. Nous récoltons aujourd’hui, en ces années 2OOO, les fruits de ces arbres morts.

Mais il y a toujours, dans le clan le plus rébarbatif, un brave mec qui se fout des principes, et pour qui la religion n’est qu’un épiphénomène de la croyance familiale.Un je m’en foutiste, prêt à rire à la moindre gauloiserie, qui se rend à la messe du dimanche avec un mol enthousiasme.

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

 

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

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