Le bonheur est sur les planches (part.13)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Par une belle matinée dominicale ensoleillée, je dis à mes parents:

-Si ça ne vous fait rien, je n’irai plus à la messe. Je ne crois plus à grand chose, et ne comprends pas le latin.

Les parents acquiescent, papa semble parfaitement d’accord, et maman baisse les bras. Je leur en suis reconnaissant. Ouf ! Quant au jeune abbé que je croise souvent au patronage, il n’en fait pas une pendule. Avec un bon sourire de chrétien tolérant, il me dit:

-Continue à chanter, ça vaut les meilleurs cantiques.

Seul, le curé, conservateur en diable, ne l’entend pas de cette oreille. Me voilà déserteur. Si j’étais Jeanne d’Arc, il allumerait le bûcher.

Un jour de juin, ma mère me rejoint en courant dans le jardin, avec le journal à la main. Il y est dit qu’on peut devenir instituteur avec, pour seul diplôme, le Brevet Elémentaire. Ou le premier bac. Car il y a pénurie d’enseignants dans le Primaire. Tu parles si je saute sur l’occasion !…

Mais avant ça, il faut se tartiner le service militaire ! Et le sm, à l’aube des années 6O, ça dure 27 mois. La « pacification » n’est pas terminée, mais la guerre continue. Pour moi et quelques copains, pas questions d’aller se faire trouer le cul par un projectile fellagha. Ces gens­là, on les fait chier depuis 1830. Il est juste qu’ils se regimbent, zobi. C’est ce que nous explique le grand chroniqueur Morvan Lebesque, dans le Canard Enchaîné, notre journal de chevet. Avec son style genre mitrailleuse lourde, Morvan attaque les autorités françaises, et nous, les jeunes, ça nous plonge dans de saintes colères contre l’armée. Quant à la Jeunesse Catholique, que je fréquentais tous les samedis au bord d’une tasse de thé, elle observe un silence lourd de couardise.On entend souvent dire « je ne fais pas de politique » commode quand on n’a rien à dire. Mieux vaut évoquer le mystère de la Sainte Trinité. Que des jeunes de vingt ans partent se faire flinguer dans les Aurès, oui, c’est tragique, j’allais dire c’est regrettable, mais le thé est tiède, madame Grume­Sec, pourriez-­vous le réchauffer, merci. Cela dit, vos petits fours sont exquis, hi ! hi ! (reconnaissons qu’elle a des nichons avantageux). 27 mois… Non, hors de question.

Alors, comment débuterais-­je dans la chanson ? Parce que, plus les mois passent, plus je ne pense qu’à ça. C’est une frénésie. L’oreille collée au poste de TSF, j’ingurgite toutes les chansons, même les plus idiotes. Bien sûr, il y a Brassens, Ferré, Béart, Brel, Trenet au­dessus du panier, mais il y en a plein d’autres, tels (je vais en oublier ) que Jean-­Claude Darnal, Georges Ulmer, Les Frères Jacques, les Compagnons de la chanson, Georges Guétary, Luis Mariano, Bourvil, Fernandel, Chevalier, Patachou, Mick Micheyl, Catherine Sauvage, Anne Sylvestre, Ricet­Barrier, André Claveau, Eddie Constantine, Jean Sablon, les 4 barbus, Jacques Douai, Henri Genès, Salvador, Nicole Louviers, ouf…Sans compter les Américains, évidemment. On peut dire que sur ce plan, c’est une époque faramineuse, un jardin de talents, un plaisir quotidien, mais les mots me manquent. Alors, que veux­-tu que j’aille foutre dans l’armée ? Tuer l’ennemi ? Mais ces gens qui se battent pour leur indépendance ne sont pas mes ennemis, moi mes ennemis c’est les curés atrabilaires, que je ne veux pas tuer, hé, ils iraient emmerder Dieu plus tôt que prévu !

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

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