Le bonheur est sur les planches (part.3)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Le soir, les distractions sont rares hormis les tournées d’alcools, car n’oublions pas que nous sommes en Bretagne, haut-lieu du levage de coudes sur le zinc en cuivre, et dans les brumes des tabacs bruns venus de la Gauloise et de la Celtique. Alain et moi apprécions ce climat, qui nous rappelle quelques lectures de Stevenson, l’un de nos auteurs préférés. Ces odeurs malsaines nous collent agréablement aux narines, faut dire que nous sommes encore loin de l’Ere Hygiénique qui aujourd’hui nous fait tant chier avec ses recommandations de curés.

Au « bar de la marine », un jeune homme, reluquant ma guitare, s’approche de nous et se déclare amateur de banjo. Il dit que l’on pourrait éventuellement jouer ensemble, c’est dire s’il ignore mon inexpérience en la matière.

-Heu…Je connais très peu d’accords, j’en suis à ma première année…
-Bof !…Je te montrerai des trucs.

Et c’est  ainsi qu’au cours de nos rencontres sur la plage, il me fait découvrir des suites d’accords,  telles par exemple DO-LA mineur-RE mineur-SOL 7°-DO. Une suit e utilisée par Charles Trenet dans « la mer », par Jacues Brel dans « Quand on n’a que l’amour », et par tous les débutants.

On ignore son nom, on sait seulement qu’il se fait appeler JO, et reste extrêmement discret sur sa vie privée. C’est à nos yeux l’homme qui vient de nulle part, et qui s’en va partout. Bref, un personnage de Stevenson.

Par un bel après-midi ensoleillé, où l’océan se pique de vaguelettes cristallines, où les filles s’offrent au soleil de tout leurs corps infiniment désirables, une jeune femme, qui a dû nous repérer de loin en plein exercice  musical, s’approche de nous.

-Une admiratrice, dit Jo. Pas mal, non ?
-Bonjour messieurs. Vous êtes musiciens?
-Plutôt chanteurs, dit Jo.
-Ah. C’est exactement ce que je cherche.

Il ne me faut pas plus d’une seconde pour voir mon nom au fronton de l’Olympia.Celle dame serait-elle une découvreuse de talents sillonnant le pays pour dénicher l’oiseau rare ? Une espèce de Patachou qui, ayant poussé Brassens sur scène, chercherait un autre chanteur s’accompagnant à la guitare pour séduire un large public semblable  au public de MJ Neuville, de Brassens, et de bien d’autres artistes de music-hall?

Elle dit:
-Je m’occupe de la caravane OMO.

La caravane OMO, en effet, venait de débarquer sur le vieux port, proposant reconnu  n spectacle pour la soirée, mais faute d’artistes reconnus, fallait bien en dégoter sur place.

-Vous serez récompensés.
-Par quoi ?
-Dix paquets d’OMO chacun.

Eh ben, c’est maman qui va être contente!…

Dix paquets de lessive, mon premier cachet. Je n’en suis pas peu fier lorsque, descendant de scène, je reçois ce trésor-surprise. Avec Jo, on a donné le maximum au micro, planté sur l’estrade du fourgon aménagé pour, et devant cinq à six cents personnes. On s’est même fait engueuler par une bonne femme réprouvant une chanson antimilitariste, qui comparait les officiers d’Algérie à des « fils de vaches ». Falllait bien une note discordante dans cette nuit de fête. J’ai revu plus tard cette conne sur la plage, c’était effectivement une vache.

-Mon mari est en Algérie, monsieur !
-Ah oui ? Et ben mon père, il est en Auvergne.

Quant à ma mère, elle montra son entière satisfaction lorsque je lui tendis les dix boîtes de lessive.

Juillet s’écoule et s’achève, je n’ai pas pu accéder aux lèvres de Josy, mais on s’écrira. Hélas. Oui, hélas, car en réponse à ma première lettre, elle m’écrit: « Non mais pour qui tu me prends ? Pour une fille des rues ? » Là, elle descend en chute libre dans mon estime; comment une file de 16 ans peut-elle écrire ça ? Une fille des rues…Laisse tomber, me dit un copain, c’est une idiote.

Année scolaire 1957-1958 : découverte de Ricet-Barrier, Nicole Louviers, Jean-Claude Darnal, Guy Béart. Guy Béart, c’est le coup de foudre, avec la chanson « Bal chez Temporel » et, peu de temps après, « L’eau vive ». L’eau vive, cela devient ma chanson de chevet, à tel point que ma mère, qui ne retient jamais les paroles, finit par chanter tous les couplets. Ainsi, son répertoire s’agrandit, et la chanson rejoint des extraits de:

Caminito.
Adios muchachos.

Le plus beau de tous les tangos du monde.

Trois titres qui m’ont bercé de la naissance jusqu’à la puberté. Elle chantait bien, d’une voix claire, et je pense qu’elle m’a un peu inoculé le goût de la chansonnette, tout en faisant le ménage et autres travaux dans la maison du Vésinet. Quant à mon père, il chantait faux comme les gonds d’un portail rouillé, et se contentait de tourner les potentiomètres de la radio pour saisir Mozart, Beethoven, Chopin, et d’autres moins renommés. La radio fonctionnait toute la journée chez nous, et je peux dire que ce fut une fameuse école. Aux émissions musicales, il convient d’ajouter les polars, les séances de Variétés, les Chansonniers, et les longues plages d’informations. A cette époque, la radio faisait de la radio. Quelle idée, tout de même. Aujourdh’ui, ça s’est arrangé: la merde est à marée haute, avec ses pubs, ses animateurs gonflés de poncifs, et ses connasses émerveillées d’être des pouffes. Mais que sont les « radios libres » devenues, ma mère, hein ?

SPECTACLES. Le 26 à Toulouse, « CHEZ TA MERE », les 27 et 28 à FORCALQUIER, « CHEZ LULU, 8 et 9 août je ne sais plus où, pas loin de Paris, vous le saurez ce mois-ci, et on jouera  CALAMITY JANE, le 6 novembre à Saint-Etienne.

FIN SEPTEMBRE, dates à préciser, soirée de chansons avec EVELYNE GALLET, PRISCILLA, NADEGE MATELON, ANTHONY CASANOVA, P. FONT, FRED PRADELLE, etc.Un festival sur plusieurs jours.

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

par Patrick Font
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