Le bonheur est sur les planches (part.5)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Non, elle est restée dans un coin de mes souvenirs, et n’en sortira jamais.

Ces malades gravement atteints… Hémiplégiques, tuberculeux, amputés, bon Dieu merci de m’avoir donné la santé, cet inestimable trésor. Tandis que j’extrais la guitare de son étui, ils me regardent tous comme si j’étais une curiosité locale, et les sourires, parfois abîmés, édentés, me saluent tandis que je passe dans la travée principale, pour me rendre au tabouret qui constitue l’unique décor de cette pauvre mise en scène.

La petite sœur m’a chaudement accueilli, prenant mes mains dans les siennes, puis elle s’est assise sur le premier lit d’une des deux travées, et, les mains jointes comme à la messe, elle a écouté les chansons, visage transfiguré au point que l’espace d’une seconde, je me suis pris pour Jésus. Une fois le récital terminé, les malades se sont confondus en remerciements, et la soeurette m’a rétribué avec deux bises, une pour chaque joue. Adieu soeur Dominique, merci de m’avoir donné tant de bonheur, et soyez heureuse ad vitam aeternam.

Une autre guitare se promène dans Lourdes grouillante de fidèles et de curieux.

C’est la guitare de Juliette, une bien jolie fille qui en est aussi à sa première année. Blondinette, grassouillette, le genre que j’aimerais tripoter des cheveux aux orteils, et composant des chansons pas mal troussées, dans le genre MJ Neuville. Visiblement rêveuse, son regard bleu attend un chalutier sur le port de Cancale. Mais nous sommes dans les Pyrénées, et le marin qu’elle attend ne reviendra jamais. Alors, elle trouve dans ses chansons de quoi combler ce vide, et l’on sent au long de chaque vers un appel vers le garçon qu’elle ne connait pas encore. Je me sens de la même famille, de ces ados affamés de baisers mais qui ont du mal à s’approcher de l’être désiré. Alors, et je crois l’avoir écrit plusieurs fois, la guitare et ses six cordes sont là pour chanter l’amour dans l’espoir de le vivre. Je ne dis pas que tout le monde fonctionne ainsi, mais je maintiens que la musique est la bonne fée qui nous réchauffe le coeur lorsque celui-ci traverse le froid de la solitude. Et puis enfin, un instrument est un objet que l’on aime tenir à pleines mains; je le sens très fort quand je retrouve mon harmonica.

Après Lourdes, quand s’achèvent les vacances de Pâques, retour à Saint Roch où nous attendons les vacances d’été non sans apprécier tout de même les balades au jardin des Tuileries, chaque jour entre la fin du repas et la reprise des cours d’après-midi. Il faudra que j’y emmène Juliette, avec qui j’ai gardé un contact épistolaire, en attendant de la coucher sur mon lit. Mais le rêve ne se réalise pas, j’abandonne peu à peu la certitude de la déshabiller dans ma chambre, à la faveur d’une visite à caractère culturel . Pour l’heure, chacun présente à l’autre sa dernière création, l’un étant le public de l’autre. Ce qui permet de progresser dans l’écriture et la composition, parce qu’il faut toujours faire mieux que la semaine d’avant.

Bien que nous ne fussions pas des croyants convaincus, nous avons quitté Lourdes avec un léger chagrin. Adieu les copains de la déconnade, les abbés sympas, les brancardières, et surtout, adieu ma jolie soeur qui m’invita à chanter dans la grande enceinte de l’hôpital. Nous avons une fois déserté le troupeau des fidèles pour aller au cinéma. Au programme: « Bernadette Soubirous ». A  la sortie du ciné, personne n’osa donner son avis, de crainte de passer pour un catéchumène élevé dans l’eau bénite, mais je donnerais mon âme au diable si, au tréfonds de nous-mêmes, il n’y régnait pas une odeur de sainteté, un vif attachement pour la pucelle des Pyrénées. Elle eut beau s’agenouiller devant la Vierge Marie, il n’en reste pas moins vrai que sur l »écran, elle apparaissait fort jolie, prête à recevoir nos baisers, pardi on avait seize ans, et le démon nous tourmentait le slip.

SPECTACLES EN PRÉPARATION : « LE RETOUR DE JEANNE », avec Bruno Daraquy, Evelyne Gallet, P. Font.

CHANSONS ET TEXTES les 26 et 27 septembre à Lyon, salle de l’AGENT D’ART.

6 novembre à St Étienne avec Calamity.

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

par Patrick Font
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