Le bonheur est sur les planches (part.7)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Pour ce qui est de monter sur les planches, je suis gâté. Le patron de la colo, l’abbé Jean X, aime le spectacle et, avisant ma guitare, me demande si je veux bien animer quelques soirées sous les pins.

-Tu n’auras qu’à chanter et si possible, faites chanter les mômes.

C’est le genre de truc qu’il ne faut pas me dire deux fois. Du I° juillet au 31 août, la colo se transforme en cage aux rossignols, vu qu’on commence à pousser la chansonnette dès le matin, après le petit-déjeûner. Et notre chanson fétiche est l’Eau vive, alors hein, l’Eau vive entonnée par cent bouches, à plusieurs voix, ça te donne un air de paradis dans les parfums de résine. Ça te tire les larmes de bonheur, et ça te gonfle la poitrine au bord de l’explosion. Qu’ils sont beaux, ces gosses transportés par les accents de la chanson. Si les anges nous écoutent du haut de leurs nuages, tls doivent en pâlir de jalousie. Si ma petite bonne soeur de Lourdes était là…

Pour le chant, il y a de sérieuses pointures du côté des moniteurs, notamment pour les voix de basse, et ainsi, au fil des jours, une grande chorale se forme sous le regard attendri de l’abbé, quine rate pas un couplet, et prépare en secret une grande soirée pour le 31 août, date du retour en Charente. La-bas dans son village, des paroissiens ont construit une chapelle pour remédier aux ruines de la vieille église, et c’est là que l’on jouera. Face à l’autel au fond de la salle, il y a une scène et des rideaux. Tu as Dieu d’un côté, et le spectacle de l’autre.

En août, c’est le séjour des filles. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet, vous auriez du mal à me croire. Disons que les voix féminines, quand elles donnent le maximum, me rendent plus léger qu’un grain de sable, ce doit être ça le paradis, sinon je n’irai pas.

En juillet, le cirque Bouglione-radio-luxembourg est passé dans la région. Tout le monde connait le radio-crochet, animé par Paul Fort, concurrent de Zappy Max, mais plus personne aujourd’hui ne connait ces balladins des ondes.Accompagné d’un copain qui me pousse à m’inscrire, je me rends timidement au bureau de la station, où se pressent les candidats par douzaines. Non, moins que ça, je ne sais plus.
Je suis reçu à l’audition. Une grosse boule de chaleur investit mon abdomen; va falloir chanter devant six mille personnes, je suis fou d’avoir tenté ça. Mais mon pote tu as tracé ton avenir dans le spectacle, va falloir assurer, chuchote une voix qui me prend pour Jeanne d’Arc. Il faut dire que, parlant souvent seul, je reçois des messages venus de je ne sais où, que j’y réponds toujours, et que souvent ces messages ont un effet bénéfique. Parenthèse: quand Françoise Dolto cherchait à se garer en ville, elle avait recours à son ange gardien, qui lui trouvait in petto une place de parking ; et je ne pense pas qu’elle était folle.

Le cirque se plante à Mimizan-plage, un haut lieu touristique au bord du bassin d’Arcachon. Je n’aime pas le cirque, à cause de ses animaux privés de liberté. Si j’ajoute la trouille de chanter ce soir, c’est affaibli d’un certain malaise que j’attends l’heure de l’examen. Six mille personnes !…

Eh ben, ça se passe pas trop mal. Marcel Fort m’accueille avec un maximum de cordialité…

-Tiens, voilà un rouquin ! s’exclame-t-il en me serrant chaleureusement la main.

Un rouquin, oui, car figurez-vous qu’avec les copains moniteurs de la colo, on s’est amusé un soir à se shampouiner avec de l’eau oxygénée. Ai-je l’air d’un con ?

Oui. Mais pour plaire aux filles du littoral arcachonnais, on se prête à n’importe quoi. Echec total du côté de ces demoiselles.

Je balance ma chanson comme un automate, gelé de peur sous les 35° de la tente. Comble de trac, je sais que la prestation est enregistrée, et qu’elle passera sur Radio-Luxembourg le mois prochain. Tu te rends compte, si je bute sur un mot…Ma carrière, qui n’a pas commencé, est déjà finie.

Mais ça roule bien. Le gagnant est un groupe, qui a remporté le premier prix la semaine dernière, et c’est mérité.

Avec le copain qui m’a amené en Mobylette, c’est le retour vers Arcachon, non sans avoir claqué les mille francs de cachet au restau, sans oublier de boire du vin, du bon vin blanc qui accompagne les coquillages. Ne manque plus qu’une ou deux copines pour partager les agapes, mais on les retrouvera à la colo, nos sirènes en bikinis qui, certainement, vont m’agonir de questions, car le radio-crochet de Radio-Luxembourg est célèbre dans toute l’Europe de l’ouest.

par Patrick Font

SPECTACLES EN PRÉPARATION : « LE RETOUR DE JEANNE », avec Bruno Daraquy, Evelyne Gallet, P. Font.

CHANSONS ET TEXTES les 26 et 27 septembre à Lyon, salle de l’AGENT D’ART.

6 novembre à St Étienne avec Calamity.

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

# [Les derniers articles de Patrick Font]

La une de Charlie