Le bonheur est sur les planches (part.8)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

En juillet, les moniteurs s’occupent du contingent des garçons, aidés par quelques monitrices, et en août, les monitrices s’occupent du contingent des filles, aidées par quelques moniteurs. Tout le monde, s’il le désire, bénéficie de deux mois sur le sable et sous les pins, sans rien débourser, mis à part le tabac, les apéros en ville, et le cinéma toujours bourré comme un oeuf. Cet été-là, on voit souvent Ricet-Barrier à la télé, en noir et blanc, et l’on se délecte de la chanson qui l’a lancé: « La servante du château ». Il y a aussi Charles Trenet avec « Le jardin extraordinaire », Jacques Brel avec « Quand on n’a que l’amour », Brassens avec un chapelet de chansons neuves et anciennes, Les Compagnons de la chanson avec « Mon île au soleil », Henri Genès avec  » Le facteur de Santa Cruz », et j’en passe. La télé, posée sur une étagère, domine le réfectoire, la regarde qui veut, puis on débranche à 22 heures. L’abbé-directeur n’est pas fanatique du petit écran, il préfère, dit-il, les spectacles que nous donnons le soir à la lueur de cinq à six lampes de 1OO watts. Ces spectacles, on s’en doute, sont toujours à base de chansons présentées par quelques gags, et se terminent invariablement par « L’eau vive » entonnée par le public et les artistes en herbe. C’est bau, et à chaque fin de soirée j’ai des larmes plein les joues.

Avec les filles, le chant s’exhale des poitrines mieux que chez les garçons, faut dire que je me conduis avec elles comme un larbin sentimental, au point d’en avoir un peu honte. Elles ont raison dans tout ce qu’elles disent, et les plus belles me font flageoler des genoux, surtout quand elles viennent chanter en tenue minimum. Le paradis, ce doit être ça.

Ainsi coulent les jours, de la forêt à la plage, sous un soleil de feu qui déconseille le port du vêtement, et je me demande si au fond le soleil ne serait pas le Diable, qui nous invite à ce genre de débauches que la morale réprouve. En 1958, la France vit encore à l’ombre des soutanes, et la morale en dépend. On entend encore dire « Respectez les filles, attendez le mariage »… Même si elles demandent de faire ça sur l’heure, il faut attendre le mariage. Mais, montant de la foule anonyme, résonne cette parole terrestre: « VA TE FAIRE FOUTRE ». Il est clair que nous sommes tous croyants, et tous adeptes de la chatte offerte sans pudeur. Entre mecs, on ne parle que de ça, comme toujours, comme à chaque génération, sans jamais s’en lasser.

On me dira que je m’éloigne de la passion des planches, mais non, j’ai dit plusieurs fois, et je le répète, que monter sur scène, c’était faire l’amour avec le public. Faire l’amour avec le public, l’expression est de Philippe Val, qui se livrait parfois à de belles trouvailles, faites pour choquer les quelques journalistes qui se risquaient jusqu’à nos loges après les spectacles. Ces trouvailles, on ne les retrouvait jamais le lendemain dans la presse, enfin vous n’y pensez pas, notre lectorat…

Adieu bel été, voici tomber les premières feuilles d’automne, sur les Grands Boulevards où mes parents m’ont inscrit dans une école d’électricité. Rue de la lune. Station Strasbourg-saint-Denis. Une école qui tranche sur le merdier de l’an dernier, avec des profs compétents et sympas, mais où malheureusement je suis loin de faire des étincelles. L’algèbre m’emmerde. La trigonométrie aussi. Pourquoi mes parents s’entêtent-ils à me maintenir dans cette voie ?

Un jour, ma mère excédée par mes faibles résultats scolaires, m’engueule vertement et s’en va planquer ma guitare dans le grenier.

-Tu ne penses qu’à ça !

Elle a raison.
Mon père lui dit qu’elle a tort.
L’oreille collée sur la porte de la cuisine, je bois les paroles de papa.

-Il n’a que ça pour se distraire, il ne va même plus au cinéma, il ne sort avec personne, tu ne peux pas le priver de sa guitare.

Une demi-heure après, mon instrument chéri repose sur mon lit. Merci papa.

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

SPECTACLES: 21 mai au théâtre de Dix Heures, avec LUCAS ROCHER et son groupe.
Puis ça reprend en août, en Bourgogne, précisions à venir. Puis Lyon, Saint Etienne, etc.

 

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

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