Le bonheur est sur les planches (part.9)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire


Besoin de fumer pour écrire. Des P4, quatre cigarettes dans un paquet de Parisiennes, c’est bon et ça fait le malheur de maman, qui voit son fils perdu dans les remous du showbiz. Papa laisse faire, estimant que LA VIe est chiante si l’on ne s’autorise pas quelques extras. C’est d’ailleurs lui qui m’initie aux bons vins, autour de la bouteille dominicale.  » Plutôt crever que boire de la pisse! « . Et nous trinquons à n’importe quoi, pourvu qu’on rigole.

Plus sage, ma mère demande « une petite chanson », si possible la dernière en date, qu’elle écoute comme un apôtre sous le charme de Notre-Seigneur. Car, bien qu’elle s’inquiète visiblement de mes penchants pour le music-hall, elle n’en est pas moins fière comme une cigogne debout au milieu de son nid, sur une cheminée alsacienne. Alors que le paternel s’autorise quelques critiques méritées, elle trouve tout parfait et digne des anthologies de poètes. Pour un peu, elle m’écouterait les mains jointes comme Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle. Une mère sera toujours une mère.

L’année scolaire 58-59 sera vouée à la chanson d’amour, parce qu’à dix-huit ans, ça vous travaille sec aux points stratégiques. Il y a des filles dans le bus, dans le métro, dans la rue, ainsi qu’au fronton du cinéma qui ne passe que des films érotiques, issus pour la plupart du catalogue de René Bénazéraff. Ce ciné, qui a disparu depuis longtemps, offrait à nos yeux écarquillés des photos de sirènes aux trois- quarts nues, alanguies sur des canapés ou des tapis en fourrure, ou sur le sable des plages exotiques. De retour à la maison, je confiais à ma guitare ce qu’il fallait d’images pour qu’elle les mette en musique; je ne me souviens plus de ces chansons, qui n’auront pas résisté à l’intransigeance du temps. De toutes façons, pas question d’employer les mots tels que seins, cul, minette, bite, branlette, que j’utiliserai plus tard sans mesure comme pour me venger de toutes ces années de prohibition. Le Bourget est une banlieue sans vie, un boulevard venu de la Courneuve, bordé d’immeubles sans boutiques. Le seul pôle d’attraction est le cinéma AVIATIC, où j’ai pu voir « Les canons de Navarone », que je ne me suis jamais lassé de revoir. Pour assister à un léger mouvement, je vais souvent fureter du côté du patronage, fréquenté par une cinquantaine de mômes et cinq à six moniteurs qui jouent les chefs scouts, et montrent un visage empreint de sérieux, ce qui m’énerve passablement. Le moniteur est souvent con, me dit un moniteur pas con.

Toujours est-il que ces braves mecs décident un jour de créer une annexe de la JEC, qu’ils baptisent JIC, « jeunesse indépendante chrétienne », laquelle se réunit tous les samedis après-midi chez l’un ou chez l’autre pour traiter d’un problème préoccupant, religieux ou d’actualité. Avec une pause-thé. Oui, chaque samedi on a droit à une tasse de thé que nous apporte la maîtresse de maison, c’est d’un grotesque à pleurer, mais bon, je cède au charme des tartines grillées, c’est mon péché mignon. On discute, et toujours, on me réclame ma dernière chanson. J’en suis flatté, surtout quand on m’en réclame d’autres, chantées les semaines précédentes. Il va de soi que j’écarte les œuvrettes à caractère érotique, car ces jeunes gens de bonne famille ne supporteraient pas mes louanges faites aux merveilles du corps féminin. Pas avant le mariage, hein. Cela peut paraître énorme de dire ça aujourd’hui, mais je dis et je répète qu’en ce temps-là on ne badinait pas avec l’émergence du gourdin sous le slip Rasurel. Fort heureusement, je fréquente un jeune garçon, étudiant, qui me prend vite en amitié au point de me rendre visite le dimanche matin, et qui goûte tout ce qu’offre la paillardise dans le jardin de la chanson. C’est mon public clandestin. Je l’ai connu au patronage, où il venait s’ébouriffer au charme des monitrices les mieux roulées, qui n’avaient rien de la punaise, rien du bénitier. Les filles catholiques sont des salopes, disait-il en leur décernant par ailleurs mille et une qualités. Mais je dois dire que je n’eus pas le courage d’écrire quoi que ce fut à ce propos.

par Patrick Font

Petite annonce immobilière : je cherche un studio à Lyon pour septembre et la suite. Écrire au rédacteur en chef du Coq, qui me transmettra.

SPECTACLES: 21 mai au théâtre de Dix Heures, avec LUCAS ROCHER et son groupe.
Puis ça reprend en août, en Bourgogne, précisions à venir. Puis Lyon, Saint Etienne, etc.

 

Prochain album
Voici en avant-première la première chanson du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

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