Le clavecin, combien de division ?
Par Christophe Sibille , le 28 avril 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Ô ma lectrice, cette semaine, je vais te parler un peu football.

Ben non, j’y connais rien, et alors ? Je ne vois pas ce que ça empêche ! Najat Bécassonne est bien ministre de l’éducation nationale ! Alors, moi, aujourd’hui, je suis Pierre Ménès.

C’est vrai, quoi, crotte, si on ne faisait jamais que ce qu’on sait faire, on n’apprendrait jamais rien. Des questions ? Et si on ne faisait que ce qu’on sait faire, les maîtres de conférences en sciences de l’éducation qui, depuis plusieurs décennies, réinventent la machine à courber les bananes, pointeraient à Pôle emploi. La chatte entre les jambes. O mon auditrice, je n’ai pas, une fois de plus, succombé à l’irrépressible besoin de dire encore une saloperie ignoblement machiste. C’est simplement que l’enseignement est une profession très féminisée.

Ben ouais ! Sinon, j’aurais fait un autre métier. Oui, sage-femme, par exemple, ou assistante parlementaire.

Tu sais bien, les sciences, (sic) de l’éducation, (re-sic).

Grâce auxquelles on sait que l’élève doit être mis au centre du système. Oui, comme les roues sur le toit des bœufs. Qui précèdent la charrue.

Je l’ai déjà dit aussi, mais, les vieux comme moi, on a parfois souffert de l’autoritarisme de certains enseignants, qui nous collaient au plafond après nous avoir chopé par les petits cheveux, oui, là, là,  juste devant le pavillon des oreilles, parce qu’on ignorait que sinus carré + cosinus carré = un.

Etait-ce une raison pour que quelques pseudo-universitaires ayant lu Françoise Dolto par le biais de la méthode globale décident que tous les profs doivent se retourner eux-mêmes le bureau sur les cannes ?

Que ceux qui ne savaient rien, oui, les élèves, ils sont là pour apprendre, je crois, auraient désormais, sous le sourcil goguenard qui si merveilleusement caractérise l’acculturation Booba-Zlatanesque, le loisir de construire leur propre savoir sous le regard forcément bienveillant d’un gentil animateur titulaire d’un bac plus six ?

Que la pédagogie, censée être au service de la transmission des connaissances, finirait par les englober, avant de les asphyxier complètement ?

C’est la soi-disant gauche, qui a institutionnalisé ça. C’est Lionel Jospin qui, en 1991, a mis Meirieu en haut de l’affiche pour créer les IUFM. Tout ça parce que, de manière tout à fait idéologique, le professeur du primaire devait avoir la même progression de salaire que celui du secondaire. Donc, celui du secondaire, la même formation que celui du primaire.

Socialistes, je vous hais.

Vous servez d’alibi pseudo-rationnel à la gangue des réformes actuelles pour une école outragée, brisée, martyrisée, et libérée de l’acquisition de connaissances, réformes qui, en fait, ne visent qu’à économiser du blé pour masquer les ravages causés par l’engraissement des actionnaires. Grâce à vous, on a instauré la vie de classe et l’interdisciplinarité au collège. Grâce à vous, on remplace l’apprentissage des langues anciennes par des cours de stand-up. Grâce à vous, Bégaudeau a eu la palme.

A quand les victoires de la musique classique pour Cali ?

Sarko a atomisé la culture. La gauche a dit : « nous ferons mieux que la droite ». Et ils font mieux ! Encore mieux !

Du coup, certains élus locaux de droite se frottent les mains, et rebondissent.

Au conservatoire, à  Châteauroux, le professeur d’orgue et de clavecin part en retraite, après quelques décennies de très bons et loyaux services. Comme il se doit, un concours est programmé pour le remplacer. Et hop, go, go, go !!!

« Tooooooop », dit le maire. Sans rien dire à aucune des personnes concernées, évidemment, mais si l’UMP était capable de transparence, Bygmalion le saurait. « Je décide de manière unilatérale sur la base du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux de fermer la classe de clavecin et d’orgue du conservatoire de Châteauroux. »

Je précise que la phrase n’est pas de moi ! C’est, textuellement, la huitième et dernière ligne de sa page Wikipédia, alors, camembert ! Orange ! Allez vérifier ! Soit il s’en vante, soit il a des collègues de bureau assez farceurs.

Bien fait, aussi !! Je suis certain que s’ils avaient trouvé, pour l’as du baroque Michel Louet, un remplaçant capable d’apprendre à ses élèves à faire un petit pont, il n’y aurait même pas eu besoin d’organiser un concours !! Eh, tu vois, j’avais bien dit que je parlerais de foot !! Oui, ô ma lectrice, le non remplacement d’un joueur sur deux de l’équipe locale, ça, ça aurait eu de la gueule ! La gueule du tableau d’affichage des scores !! La crise !! Déjà qu’ils se chopent tôle sur tôle en jouant au complet !

Monsieur le maire, contrairement à ce que je prétendais un peu plus haut, je n’y connais pas grand-chose en baballe, mais n’y aurait-il pas plus d’économies à faire en bouclant définitivement ce repaire de pitoyables trop payés, et de leur éviter ainsi de façon plus directe l’humiliation d’une descente programmée en huitième division ? Plutôt qu’en interrompant autant de jeunes étudiants engagés dans la passionnante aventure de l’exploration des fondements même de notre culture musicale  en supprimant un pan de l’enseignement musical aussi emblématique ?

Pardon ? Un supporteur, c’est une voix, et un parent baroqueux, pas plus ? Et le baroque, combien de divisions ?

Oui.

Félicitations ! Je vois que, comme il est stipulé en toutes lettres dans les nouveaux programmes de Najat Bécassonne ministre des collèges, je cite, vous réussissez à « trouver dans la métaphore de la spirale une façon juste d’exprimer qu’apprendre est un processus continu qui suppose une reprise constante de ce qui est déjà acquis. »

par Christophe Sibille

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