Le foot ou la vie
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Ah, le foot! Le foot attise, d’Aberdeen à Johannesburg et de Yokohama à Rosario. À Libreville le mercredi 8 Mars dernier, le foot assassine même.

Pour ceux qui se tartinent des jeux de balle en socquettes hautes comme de leur première chemise sauf quand c’est la Coupe du Monde pour pas passer pour un blaireau, le 8 Mars est un jour à peu près comme un autre, à la différence qu’on peut avoir deux soutien-gorge pour le prix d’un parce que c’est la journée de la femme dans tous les commerces féministes. Pour ceux qui, au contraire, tiennent au ballon comme à la prunelle de leur belle-sœur et ne manquent pas une occasion d’aller au stade pour traiter l’arbitre d’enculé, ce 8 Mars a été un jour mémorable, notamment pour les supporters du Paris… du Qatar Saint-Germain pardon, puisque c’est le jour où ils sont rentrés dans l’histoire de la Ligue des Champions par la porte de derrière. Résumé du contexte, c’est important.

Après avoir gagné 4-0 à l’aller contre le FC Barcelone, ce qui est déjà un exploit en soi, le Barca étant au foot ce qu’Alice David est à la beauté féminine, le QSG bouffi de suffisance et persuadé de sa victoire a finalement perdu le match retour sur un score de tennis, 6-1, le fameux 8 Mars dernier donc. C’était du jamais-vu : jamais une équipe n’avait remonté un écart de 4 buts à un tel niveau de la compétition. Les chances pour que ça arrive étaient de 0%, soit à peu près autant que de voir un Emmanuel avec une idée politique. Forcément, quand on est pas supporter du QSG, ça fait rire et ça donne envie de chambrer et ce, même jusqu’au Gabon. T’as qu’à voir le degré de la débâcle.

Ce soir-là, deux amis regardaient l’humiliation dans un bar de « Derrière la prison », un quartier populaire de la capitale Libreville. L’un des deux était supporter du QSG pour des raisons qui lui appartiennent mais qui sont sûrement mauvaises et l’autre forcément, devant un tel retournement de situation à l’arrière-goût de branlée internationale, s’est mis à taquiner son pote. C’est de bonne guerre mais à chaud, il vaut mieux y aller par petites doses. À l’instar du religieux fanatique ou du frontiste convaincu, le supporter meurtri peut être un tantinet soupe-au-lait quand on lui titille les valeurs ; le premier mitraille des porte-crayons dans les rédactions de journaux, le deuxième ratonne des prémolaires d’arabe à grand coups de rangers et le troisième joue du couteau en direction de la carotide. On peut évidemment trouver un point commun entre les trois types de personnes susmentionnées qui est une révulsion particulière à faire marcher son cerveau en dehors des siestes. On comprend enfin pourquoi il y a beaucoup de religieux, de frontistes et de supporters.

Résultat évident, le pote moqueur planté au cou meurt sur le coup notamment parce que c’est difficile de continuer à respirer avec vingt centimètres de métal dans la trachée, même pour un gabonais. Là-dessus, les policiers arrêtent le jeune supporter de 18 ans en état d’ébriété qui s’excuse platement en disant qu’il n’avait pas l’intention de tuer son ami. Faut reconnaître que quand tu plantes un couteau près des points vitaux de quelqu’un, tu penses pas forcément à mal.

Ça rappelle un peu la célèbre excuse du « j’avais pas l’intention de te tromper » de l’homme infidèle, bonjour le pléonasme, qui est sorti en discothèque avec ses potes célibataires et un magnum de Grey Goose sans faire exprès avant de passer vingt minutes à rentrer et sortir par accident à l’intérieur d’une tierce personne qu’il a malencontreusement dragué pendant trois heures avec son alliance dans la poche. Faut arrêter de voir le mal partout, même quand il est fait.

(l’info originale sur le site de L’Équipe)

Par Romain Rouanet

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