Le mal et ses racines
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

Un marronnier. Dans le jargon des journalistes, ce vocable désigne une information consacrée à un événement répétitif, donc prévisible. Le poids des cartables à chaque rentrée scolaire. Les crèmes anti UV à la veille des vacances. Le changement d’heure, les vendanges, les cadeaux de Noël. Des actualités intemporelles mais récurrentes. Des nouvelles qui n’en sont plus.

À cette période de l’année, chaque rédaction se prépare ainsi à déplorer le décès du premier sans-abri de l’hiver. Une habitude dans le pays des droits de l’Homme, dont celui de mourir dans une glaciale indifférence. Un journaliste prendra une mine encore plus austère qu’à l’accoutumée pour tenter de feindre l’émotion, de nier l’évidence : en France, on ne meurt pas de froid. On meurt de ne pas avoir de toit.

Deux millions de logements vacants sur l’ensemble du territoire permettrait pourtant à quelques individus de s’abriter des rigueurs de la rue. Des individus en situation précaire comme le stipule le célèbre euphémisme. Des individus en danger de mort, comme il serait honnête de les qualifier. Davantage l’été que l’hiver selon les statistiques. Les températures n’étant pas responsable du climat d’individualisme ambiant.

Pourtant, une législation très précise existe. La loi de réquisition, à laquelle chaque préfet peut se référer à tout moment, permettrait d’endiguer cette extermination silencieuse. Même si elle ne règlerait pas le problème définitivement, du moins permettrait-elle de répondre à l’urgence. Quitte à fâcher quelques propriétaires peu scrupuleux qui préfèrent spéculer que louer. Quitte à rompre avec la tradition d’impuissance et d’inutilité des hauts fonctionnaires.

Un autre texte, disponible dans l’arsenal juridique français, a pour principal objectif la guerre contre l’isolement social des plus démunis : la fameuse loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite loi S.R.U. Elle impose à de nombreuses villes répondant à certains critères, notamment un nombre minimum d’habitants, la mise à disposition d’un minimum de 20% de logements sociaux. Une règle souvent bafouée par les communes préférant payer les amendes en attendant cette loi amendée.

Faible avec les forts et forts avec les faibles. Tel pourrait être la devise des gouvernements qui se succèdent à la tête de la République. Un véritable État providence mais seulement pour les grandes firmes et les privilégiés de ce pays. Un État qui peine à s’intéresser à celui des plus mal lotis. Un État désespérant pour des gens dans un état désespéré.

Un État et un état qui poussent certain de nos concitoyens, tel ce sans-abri de 45 ans, en juillet dernier, à se pendre à un arbre. Un marronnier ?

par Guillaume Meurice

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