Le manège désenchanté
Par Naqdimon Weil , le 18 février 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause toutes les semaines de mon humeur du jour, je suis plutôt du genre à ne pas aimer la redite et les répétitions. C’est comme ça, quand un mien copain me réitère une même histoire pour la trentième fois, je remâche mon agacement, mais ça me porte sur les nerfs, quand j’entends plus de trois fois la même nouvelle sur une chaîne tout-info, j’ai les nerfs qui se vrillent et quand sur FesseBouc, je revois pour la énième fois le montage pseudo-hilarant du lol-cat de la semaine, j’ai des envies de mitrailleuse lourde. Une ancienne patronne à moi – Salut, Nath ! – me disait qu’en fait, je détestais tellement la routine et la répétition me sortant de ma naturelle bonhomie que je n’étais pas simple à gérer en réunion. Je le reconnais, je suis très chiant à ce sujet, limite psychopathe, mais bon, ce n’est pas à 54 piges que je vais changer, tout de même.

Pourtant, je suis capable de relire pour 10e fois un bouquin ou une pièce de théâtre, d’écouter en boucle un album qui me touche ou de revoir à rythme régulier un de mes films fétiches, tiens, ça me fait penser qu’il y a bien 6 mois que je n’ai pas revu les Blues Brothers – le premier qui me demande « Lequel ? » se prend un coup de pelle de combat dans la tronche, il n’y a qu’un seul et unique film des Blues Brothers, avec Dan Ackroyd et John Belushi, tout opus venant après et s’étant emparé de ce nom n’est qu’un lamentable ersatz à côté duquel un repas chez Flunch© est un moment de gastronomie trois étoiles, non, mais, des fois ! – bref, moi aussi, dans une certaine mesure, j’apprécie la redondance.

C’est pour ça que je me dois d’entonner la rengaine qui sous-tend ce papier et qui est la lutte contre l’antisémitisme. Oui, je sais, j’en parle beaucoup. Beaucoup trop ? Peut-être. Mais comme je le disais la semaine passée, ce n’est pas moi qui ai commencé. Sérieusement, 74 % d’augmentation d’actes antijuifs, les insultes à Finkie, les panneaux à caractère gerbatoires, les quenelles des peignes-culs, les chants merdeux de supporters – je sais, ça, c’était en Belgique, mais, j’aime trop ce pays pour le laisser glisser vers ce bourbier infect sans réagir – et les allusions de chiottes, comment voulez-vous que je laisse passer tout ça à perte et profits ?

On est tous bien d’accord, l’antisémitisme, c’est mal. Mais il ne suffit pas de le dire, il faut que ça rentre dans la tronche de ceux qui prennent ça pour un effet secondaire, un épiphénomène d’une autre colère, plus forte et plus ciblée. Ben non, ce n’est pas juste un truc en passant, ce n’est pas une idée peu ragoutante, mais pas si grave, l’antisémitisme n’est pas un marqueur social comme un autre, c’est simplement l’expression d’une petite haine dégueulasse à laquelle on donne un nom. « Les racistes sont des gens qui se trompent de colère. » disait Senghor. Avec tout le respect que j’ai pour le poète et l’académicien, je pense qu’il se goure sévère. Non, les racistes, les antisémites, les misogynes, les homophobes et tous les autres du même tabac ne se trompent de haine quand ils vilipendent X ou Y, ils savent parfaitement qui ils visent, tout comme les connards de la Ligue du LOL savaient pertinemment ce qu’ils faisaient en chassant en meute.

Alors, pour moi, il n’y pas d’arrangement possible, pas de discussion ouverte, pas de débat mesuré. Un mot antisémite ? Une plainte. Un geste antisémite ? Une plainte. Une allusion antisémite ? Une plainte. Pour qu’ils – ou elles, les femmes ont parfaitement le droit d’être de parfaites connasses basses du front – comprennent enfin qu’on ne joue pas au con sans risquer de gagner.

Quitte à me répéter.

par Naqdimon Weil

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