Le mois d’avril n’aura pas lieu
Par Anthony Casanova , le 12 avril 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Depuis l’ère des Lumières, tous les siècles ont eu leur événement qui marque l’Histoire. La Prise de la Bastille, la Commune de Paris, Mai 68, et, aujourd’hui peut-être, « Nuit Debout ». Certes on peut gloser sur les gestuelles mises en place ou sur l’ingénuité de certaines revendications mais avant de savoir si ce mouvement est un essai en attendant mieux ou le commencement d’une transformation de la société, il faut d’abord se réjouir qu’il se passe quelque chose.

A l’instar du Cri du peuple lors de la Commune de Paris, et de Hara-Kiri en Mai 68, c’est le journal Fakir qui semble correspondre aux aspirations de ces sans-sommeil de la lutte sociale. Comme chaque fois qu’une partie de la population semblent ne pas se cantonner à faire Bastille-Nation en compagnie de la CGT, chacun y voit minuit à sa porte. Le NPA, le Front de Gauche, les Écologistes, les partisans de la décroissance… espèrent (en avançant sur la pointe du logo pour ne pas être accusés de récupération), qu’au final, ils deviendront les leaders naturels de la contestation.

Une fois passé le moment où l’on se réjouit de voir cette jeunesse, qui en a plein le sac-à-dos des inégalités, se retrouver pour redéfinir leurs priorités, il s’agira de savoir s’ils ne sont que dans une démarche «anti-système» ou au contraire dans un renouveau humaniste. Se perdront-ils dans l’envie d’une «réussite à tout prix» de leur mouvement en souhaitant englober tous ceux qui rejettent les progrès que sont la laïcité, le Droit des femmes, la liberté d’expression… ou si, au contraire, ils seront aussi soucieux de porter aussi bien la lutte contre le fondamentalisme que la lutte sociale?

Mais voilà, au lieu de soutenir par principe ce rassemblement qui ne fait pas que rêver d’un monde meilleur mais se retrousse les méninges pour lui en donner les bases, on entend la maire de Paris, le ministre de l’Intérieur et des politiciens de droite parler de «privatisation» et de «dictature de la minorité»… ah les cons!
Il faut le faire pour voir dans des débats populaires sur une place dite de la République, une privatisation de l’espace public! Il faut le faire pour décider d’envoyer des CRS pour évacuer tout ce petit monde. Sans doute faut-il quelques flics pour veiller à la sécurité de tous, mais pas les CRS! Comment font les responsables politiques pour donner à ce point raison à cette agora moderne qui les trouve totalement dépassé? Ne comprennent-ils pas que plus il y aura de CRS plus ça durcira le mouvement? Non? Eh bien tant pis pour leur gueule!

«Nuit Debout» sur le papier ça fait envie et pour le reste nous verrons bien… mais ayons au moins la courtoisie de ne pas insulter l’avenir. Nous qui avons tous «refait le monde» autour d’une table lors de soirées arrosées, on ne peut que saluer cette génération qui fait de la Place de la République son terrain d’utopie.
Clin d’œil involontaire au philosophe-dessinateur Gébé et à son rêve de «l’An 01» censé débuter le jour où la société décidera de tout arrêter pour réfléchir, le mouvement «Nuit Debout» a mis sur pause le mois de mars. Avouez qu’elle est belle cette idée de reprendre en main le calendrier tels des rejetons maladroits de Lamartine qui ont l’air de dire  «Ô temps, suspends ton vol!» pour se laisser le temps de prendre la voie qui leur plaira. Et on ne peut que leur souhaiter de conclure comme le poète: «Que tout ce qu’on entend, l’on voit et l’on respire, Tout dise: «Ils ont aimé!»»

par Anthony Casanova

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