le monopole de la violence légitime
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Sale temps pour la tonfa.

Paisible vertébré de la famille des matrocus pocus, qui peut d’ailleurs parfois disparaître par accident dans les replis moites des profondeurs intestinales, coucou Théo, la tonfa est un animal à sang-froid d’une soixante de centimètres comme ma bi… une baguette de pain et prolifère particulièrement sous les gouvernements de droite. On peut en observer à l’état naturel à la ceinture du fonctionnaire en uniforme notamment parce qu’elle s’épanouit plus facilement avec un partenaire sapiens sapiens pourvu d’un QI à deux chiffres. La tonfa jouit d’une mauvaise réputation auprès des populations humaines non assermentées et est la proie favorite des manifestants et autres basanés de banlieue qui n’hésitent pas à l’attaquer à coup de tête ou de prémolaires juste pour s’éborgner ou mettre du sang dessus. C’est pour pouvoir se défendre en cas d’attaque que la tonfa choisit le fonctionnaire en uniforme comme hôte. L’Ouest France du mardi 7 février nous rapporte d’ailleurs l’un de ces cas d’attaque lors d’une manifestation à Quimper, Bretagne.

Le samedi précédent, donc le 4, un troupeau de manifestants s’était en effet réuni dans les rues pour protester contre une réunion d’extrême-droite organisée par le site Breizh Info. Les CRS ont logiquement encadré la manifestation, avec l’intention louable de prévenir les débordements et autres bris d’abris-bus qui n’ont rien demandé. C’est alors que Gilbert Nicolas, un pasteur communiste de 83 ans, et quelques jeunes surexcités cachés derrière un foulard révolutionnaire se sont montrés un peu trop menaçants, et les agents leur ont demandé de retirer leurs foulards, ce qui fait un peu penser aux plages de Nice. Les chiffres des intentions de votes ne se trompent pas, a priori.

Les jeunes n’étant pas spécialement venus pour obtempérer, les agents ont pris l’initiative du premier coup après des sommations non entendues, non écoutées ou non énoncées selon les différentes versions. Gilbert reçoit alors trois coups dans le dos par une tonfa déterminée, puis un coup de plus sur le visage histoire de fendre la lèvre et briser l’émail. Il déclare forfait en tombant au sol puis part se réfugier dans un restaurant, loin des petits bras armés de l’Etat français, histoire de pisser le sang et cracher ses dents en toute tranquillité. Nous pouvons constater ainsi qu’à l’instar de l’intestin grêle et de l’Escherichia Coli, le fonctionnaire en uniforme et la tonfa sont deux organismes évoluant en parfaite symbiose, s’entraidant mutuellement pour survivre dans leur environnement.

Comme à chaque bavure, nous apprenons que la victime pourrait être grosso modo un prétendant au prix Nobel de la Paix. En vrac, Gilbert est anti-nucléaire, pro-migrant, anti-OGM, membre des Brigades de paix internationales et antifasciste, donc. Il doit sûrement voter à gauche en plus, alors t’as qu’à voir S’il le voulait, il pourrait trouver un traitement curatif pour la sclérose en plaques et le cancer du pancréas, mais il préfère aller agiter des banderoles à Notre-Dame-des-Landes et vouloir faire licencier le personnel du site nucléaire de Brennilis. On peut pas être parfait.

Comme à chaque bavure, les flics ont dû se justifier. Ils ont pointé le refus d’obtempérer des manifestants et la nécessité d’éviter un affrontement entre bandes des extrêmes comme à Nantes la veille entre antifas et anti-antifas, c’est-à-dire entre anarchos et fachos. Les flics se sont donc chargé eux-mêmes de péter la tronche des antifas histoire de tuer la bagarre dans l’œuf. Ce sont les seuls qui ont le droit, et qui sont payés pour ça, comme le précise d’ailleurs le commissaire Laurent Hurst après un vague regret pour les incisives de Gilbert, mais il faut ce qu’il faut. L’affaire est close, puisque porter plainte ici ne servirait pas à grand-chose.

Ce qui est inquiétant dans cette histoire, c’est que finalement, même les blancs peuvent se faire démonter la gueule par les flics, au mépris de tout suprématisme ou communautarisme élémentaires. Ca donne pas très envie de manifester. Même pacifiquement.

(l’info originale sur le site de Ouest-France)

Par Romain Rouanet

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