Le parent anglais
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Nous savons depuis Freddie Mercury et encore un peu plus depuis le Mariage pour Tous que les homosexuel.le.s sont des êtres humains comme les autres qui respirent de l’oxygène, ressentent des émotions, voire même crient de douleur si on essaie de leur retirer la rate sans les anesthésier avant. Ils ne peuvent toujours pas donner leur sang, notamment parce qu’il y a du SIDA dedans c’est bien connu, mais quand même ; ils sont libres de gambader sur l’avenue en toute impunité, notamment parce qu’on a enfin compris que ce qu’ils font avec leur zizi ou leur pilou-pilou en dehors de heures de bureau ne nous regarde pas. Dans les villes de plus de 100 000 habitants en tout cas. Il est bon de le rappeler puisque tout le monde n’a pas l’air au courant. Un quinquagénaire de la Perfide Albion résident dans le comté de Warwickshire n’a par exemple pas reçu le mémo. Certains groupuscules politiques non plus, tu me diras.

Il était un soir quand une jeune anglaise de 16 ans, que l’on nommera Piper notamment parce qu’elle est lesbienne, décide de questionner le suscité quinquagénaire à ce propos, parce qu’elle sent bien qu’elle a des papillons dans le bas-ventre quand Kylie met son minishort vert pomme alors que quand Brandon lui montre des photos de sa bite, pas du tout. De toute évidence troublée par ce particularisme et pétrie d’interrogations identitaires, c’est tout naturellement qu’elle se tourne vers une personne de confiance pour en discuter et s’en rassurer : son père. Malheureusement, le papounet n’avait pas reçu le mémo. Il a donc prit les choses à bras-le-corps, c’est tout à son horreur, et, je cite bfmtv.com qui cite l’Independant qui cite le juge de la Cour royale de Warwick, « décidé de la violer pour lui montrer en quoi il serait mieux de faire l’amour avec des hommes [plutôt] qu’avec des femmes ». Vas-y, tu peux vomir.

Même sans avoir fait de longues études universitaires de psychologie, on peut vraisemblablement douter du taux de réussite d’un tel remède maison sur la personne d’une lesbienne de naissance, pardon pour le pléonasme. C’est pas en balançant un seau de tarentules sur un arachnophobe transi qu’il va finir par aimer batifoler avec Maïtika les soirs de pluie, même si tu joues du chalumeau sur ses plantes de petons ou frotte l’orbite sombre d’un calibre chromé sur la sueur de sa tempe. C’est comme vouloir inverser le cours d’une rivière en lui lançant des galets dessus. Bon courage. Une petite pensée d’ailleurs pour certains gays qui, au fil de l’histoire, se sont fait accompagner de force à la maison close locale par leurs pères concernés histoire de guérir cette vilaine manie de suçoter des joues barbues en roulant du bassin.

Là-dessus, on nous apprend que le papounet est coutumier de ce genre de petites méthodes d’éducation directement inspirées des douves de l’époque carolingienne, puisqu’il a également violé deux autres de ses filles. On ne sait pas si celles-ci étaient également lesbiennes mais on peut gager que, le cas échéant, elles le sont toujours, avec en prime un amour vacillant pour le papounet et des fantasmes orientés beaucoup plus sur son crâne sanguinolent éclaté à l’extincteur que sur sa veine turgescente gonflée à l’excitation. Mais le catalogue de l’étroit cuistre ne s’arrête pas là puisque le papounet avait aussi été condamné au cours des deux dernières décennies à trois autres charges de viol, un comportement indécent devant un enfant et neuf attentats à la pudeur, ce qui fait beaucoup d’homosexuel.le.s à guérir tout ça. On peut raisonnablement se demander comment cet homme a pu, lui, gambader sur l’avenue en toute impunité, au milieu des gays et lesbiennes qui, ô doux Jésus comment cette décadence est-elle possible, font rien qu’à se tenir la main et s’embrasser, pour les plus expansifs d’entre eux/elles.

Heureusement pour la Gay Pride du comté de Warwickshire, notre papounet quinquagénaire a été condamné à 21 ans de cabane le jeudi 6 Mars dernier. On peut gager que pendant ce long séjour, il aura tout le temps de guérir son homophobie violeuse auprès de ses codétenus. Je veux dire : il faudra forcément qu’il aille à la douche à un moment donné. Ah, le karma !

(l’info originale sur le site de BFM TV)

Par Romain Rouanet

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