Le piano de l’esprit
Par Christophe Sibille , le 3 mai 2016

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Et voilà ! Les mots sont lâchés ! Alors, j’vais vous dire une bonne chose, moi, je vais lâcher les grands remèdes ! Car, comme me le borborygmait Nadine Morano avant de me bloquer sur « twitter », « aux  maires de Meaux les grandes merdes! »
Oui, son laminoir a légèrement infléchi le pan de son expression syntaxique déjà sérieusement entamé avant placage sarkozien.
« Tu n’es qu’un élitiste, avec ta musique classique! Les gens, ils n’en ont rien à foutre ! C’est compliqué, prétentieux, oui, tu te la pètes, la preuve, moi, j’y comprends rien, je préfère Yan Tiersen, au moins, ça file pas la migraine! Le rock, c’est joli, c’est pas comme ton Mozart poudré et poussiéreux!
Ben oui, quoi, si les gens aimaient ça, hein, ça passerait à TF1, non? »
Non.
D’abord, chez les rockers, il y a vachement plus de poudre que Mozart, alors, camembert ! Même s’ils ne se la foutent pas au même endroit.
Mais moins que les critiques de rock, oui, tu as raison.
Et deuxième axiome à l’usage des fainéants de l’art: les gens aiment la merde parce que la télévision la leur propose. Et pas l’inverse.
Et voilà à quoi on en arrive aujourd’hui. A une absence généralisée de culture générale qui nous fait accepter l’inacceptable.
Certes, il y a quarante ans, les tubes du hit-parade étaient aussi creux que ceux d’aujourd’hui. D’où d’ailleurs leur nom, de tubes; z’ont l’oeil, finalement, les mecs.
Simplement, fermez les yeux trois secondes et imaginez, en 1976, Claude François avec sa journée entière d’hommage sur France-inter.
Imaginez une femme critique musicale de la même antenne. Plutôt estimable, d’ailleurs. La critique, pas l’antenne. Enfin, si, l’antenne aussi, merde, où j’en étais? Mais non! Pas Elsa Boublil, faut pas déconner non plus! Rebecca Manzoni … Aaaaaaaaaaaah, Rebecca!!
Rebecca rendait donc hommage à un autre fauteur de chansons en ces termes: « le disque d’un mec qui n’a jamais joué de piano et qui en joue quand même» …
Sans déconner!
Vous me direz, Emmanuel Macron fait bien de la politique, alors …
Vous pouvez rouvrir vos mirettes, tout cela est vrai!
Remarquez, on dirait que même le public, (peut-être finalement moins cave qu’on pensait), se rebiffe! Samedi soir 24 mai, il a sorti l’inénarrable Maître (étalon de la musique de daube) Gims du stade de France. Et pourtant, c’était un public de match de football!
Tout ce préambule pour vous dire qu’en 1974, (en novembre, exactement), sur le service public télévisuel, ce n’était aucun des abrutis décérébrés susnommés qui était présent ce soir là, en « prime time ». (A l’époque, d’ailleurs, on disait : « en soirée ». Et on n’était pas plus con que maintenant).
Sur la troisième chaîne.
La dernière.
En noir et blanc.
C’était Glenn Gould!
Un prince.
Dans un livre, qui vient de sortir, aux éditions « Actes sud », Jean-Yves Clément, avec le talent, l’enthousiasme et la culture, (musicale, évidemment, mais pas que) qui sont les siens, rend à cet immense musicien un hommage qui fait chaud au cœur.
Glenn Gould avait, dès son plus jeune âge, dénoué de manière absolue toutes les difficultés que comporte le fait de jouer des partitions de musique classique sur un piano. Difficultés qu’il avait ensuite rapidement transcendées, puis dépassées.
Les spectateurs de ses premiers concerts ont tout de suite compris qu’ils avaient assisté à un événement qui avait marqué l’histoire. Comme l’ont fait tous les enregistrements réalisés par Glenn Gould. Dont l’exigence lui fit assez vite abandonner le côté paillettes de la représentation en scène qui, pour lui, polluait sa perception acérée de l’absolu artistique, pour se consacrer au disque.
Ses enregistrements sont tous plus incroyables les uns que les autres, et ont comme point commun le total effacement de l’interprète pourtant d’exception qu’il fut devant le compositeur qu’il sert. Et, aussi, contrairement à beaucoup de ses collègues, une certaine méfiance pour la musique qui se met trop au service de l’instrument, qu’il maîtrisait pourtant si bien.
Alors, ô ma lectrice, si tu veux te consoler de tout ce avec quoi la plupart des médias essaient d’attenter à notre système ORL, achète le livre de Jean-Yves.
Lis-le.
Il te donnera à la fois envie d’écouter ce merveilleux artiste qu’est Glenn Gould nous jouer de la vraie musique, et de lire aussi les ouvrages que le non moins immense Bruno Monsaingeon lui a consacré.
Ainsi que tous les documentaires musicaux qu’il a réalisés.
Et je te jure sur la vie de mon piano que tu ressentiras ce que Baruk Spinoza appelle: « la joie »! Et, du même coup, tu vérifieras la fameuse citation de Nietszche:
« La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. »

par Christophe Sibille

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