Le rhinocéros assassiné
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Aujourd’hui, on va parler zoo. Pas du zoo de bonobos en costard Cardin qui batifolent avec leurs crottes en semant la merde à longueur de temps de parole tout en roulant du fion pour séduire l’électorat anesthésié, non. On va parler du vrai zoo, celui qui enferme les gentils animaux pour leur bien dans des enclos exigus pour permettre au petit Lucas de jeter des cailloux sur une vraie girafe ou à Hervé et Béatrice de photographier un somptueux grizzly en train de mourir d’ennui, surtout qu’il a pas la télé pour suivre la bande de bonobos suscitée et se détendre un peu le cortex. L’avantage d’aller au zoo, c’est que c’est beaucoup moins cher que de partir en safari et surtout, ça permet de ne jamais poser un pied en Afrique, ce qui est plutôt appréciable quand on aime la civilisation. Pas fous, Hervé et Béatrice.

En cette jolie matinée du 7 Mars, un soleil éclatant se lève sur le zoo de Thoiry dans les Yvelines quand l’une des soigneuses découvre Vince affalé sur le flanc dans l’enclos des rhinocéros. Vince est lui-même un rhinocéros, sinon on serait en droit de se demander ce qu’il fout là. Il est un rhinocéros blanc pour être exact, avec un statut IUCN de « quasi-menacé », c’est-à-dire qu’il n’est pas « en danger critique d’extinction », « en danger » ou « vulnérable », mais qu’il pourrait tout à fait le devenir dans un futur proche situé entre la fin de l’année et le début de la prochaine coupe du monde. En clair, on va pas s’emmerder avec ça pour le moment. Vince, donc, était un rhinocéros blanc puisqu’il a ce mardi matin plusieurs trous dans la tête et une corne manquante, ce qui rend difficile les gestes du quotidien comme brouter la luzerne, se rouler dans la boue ou mépriser les homo sapiens. Le fond de gendarmerie détaché pour enquêter sur ce crime est aussi estomaqué et choqué que les salariés du zoo : un tel acte était du jamais-vu à l’échelle européenne. La France retrouve enfin son rayonnement.

Le mobile est limpide : les rhinocéros n’ayant pas l’habitude de se tronçonner eux-mêmes la corne et ne sachant pas non plus se servir d’une tronçonneuse, les enquêteurs en concluent avec une étonnante sagacité à un acte de braconnage. En effet, d’après Thierry Duguet directeur du zoo, un kilo de corne de rhinocéros peut-être vendu entre 40 000€ et 50 000€, ce qui fait presque une penderie d’escro… de candidat à la présidentielle, coucou François. Mine de, la corne de rhinocéros est donc plus chère au kilo que l’or, le platine, l’héroïne ou le safran, tu m’étonnes que ça attire les opportunistes. C’est plus facile que braquer une supérette. Quelle idée aussi de se trimballer avec des cornes de cette valeur en pleine banlieue parisienne, je te le demande. Surtout qu’au pire, accrochée dans le salon, ça fait toujours son petit effet sur les convives du samedi soir, comme la défense d’éléphant dans l’armoire à bibelots ou la peau de panthère devant la cheminée. Ah, nos amis les bêtes.

Thierry Duguet est d’autant plus touché par ce crime que le zoo de Thoiry est engagé contre le trafic de corne de rhinocéros depuis toujours. Il considère même cela « inimaginable », surtout que ça se passe pas en Afrique. C’est comme la famine au final ; ça impressionne toujours plus quand ça se passe chez toi.

Là-dessus on peut se demander : mais pourquoi donc la corne de rhinocéros est aussi chère ? Il faut pour cela se tourner vers le Soleil Levant et son archipel doublement irradié ; ses 40% des moins de 35 ans encore puceaux, sa culture génocidaire de cétacés à fanons et ces émissions de télé où on s’amuse à se vomir dessus pour 100 000 yens en direct à la télé, j’ai nommé le Japon. Dans les croyances populaires, du fait que le rhinocéros est capable de chevaucher sa femelle pendant plus d’une demi-heure sans s’essouffler dedans, on a attribué à sa corne des vertus aphrodisiaques. En clair, avec une gélule de corne de rhinocéros en poudre, tu peux tenir un niveau de bandaison assez longtemps pour faire jouir ta femme avant qu’elle s’endorme, ce qui est pratique en particulier si tu veux la garder. Toutes les femmes qui m’ont largué opinent. C’est grosso modo l’équivalent du viagra, mais en version homéopathique. Forcément il y a de la demande, ce qui explique principalement pourquoi les rhinocéros blancs sont « quasi-menacés ». Du coup forcément c’est cher, puisque c’est de plus en plus rare.

Par corollaire, on comprend enfin pourquoi les chicos de sac-à-merdes sont invendables : ça fait bander personne, et t’en trouves partout. Dommage pour Vince.

(l’info originale sur le site de France Bleu)

Par Romain Rouanet

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