Le rire des salauds
Par Anthony Casanova , le 3 décembre 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

Entre la Une bananière d’un journal d’extrême droite, la chronique d’un journal de « gauche », « Bakchich », qui dit que Minute et Charlie Hebdo ont le même fond, sans parler d’une daube musicale qui incite à brûler le canard fondé par François Cavanna et le Professeur Choron, il est temps de se poser la question : C’est quoi l’humour de droite ?

En voilà une question intéressante pour ceux que la réponse intéresse. On savait que les idées de droite et de gauche s’exprimaient à travers les débats sur l’économie, les sujets de société… mais peut-on dire que le rire a des sonorités de bulletin de vote ? Le rire, qui n’est finalement qu’un réflexe plus ou moins bruyant, a t-il quelque chose à dire entre deux onomatopées plus ou moins incontrôlées par la bestialité de nos zygomatiques ? J’imagine le brave militant de gauche, lisant ces lignes, en train de s’interroger sur la possibilité d’être un poil de droite à son rire défendant… ô misère de l’instinct qui, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon, a oublié d’être manichéen.

La question se pose en ces termes: « quand on rit, de quoi se moque t-on? » Prenons l’exemple du comique ou de l’humoriste qui prend un « accent ». Généralement, l’accent pose la bêtise ou la naïveté d’un personnage. Beaucoup de professionnels du rire usent de l’accent du « Sud de la France » ou d’un autre terroir, pour souligner « le con de chez nous », le tout, si besoin, en estropiant la syntaxe pour alourdir le trait. Bien sûr, l’accent n’est là que pour donner un parfum au texte. Mais alors, qu’en est-il lorsque le public éclate de rire simplement en écoutant Anne Roumanoff dire « Bonjour » en imitant l’accent portugais ? Surtout lorsque, à la suite, tout au long du sketch c’est la « Portugaise » qui passe pour une conne. L’un des meilleurs exemples de ce genre de « ficelles » est Michel Leeb avec son « Africain » ou son « Chinois ». Notons que les « nouveaux humoristes », qui font du communautarisme leur fond de commerce, sont les héritiers de Leeb. Avoir la « pigmentation » de leur caricature n’est en rien, à mon sens, un bon argument. Seul le texte compte. Si votre sketch ne peut être dit que par vous, c’est qu’il est douteux, un point c’est tout.

Ce n’est pas forcément en critère « droite » ou « gauche » qu’il faut voir l’humour, mais plutôt de manière « progressiste », « conservatrice » ou « réactionnaire ».

Le rigolo progressiste raille les discriminations, nos peurs comme la mort ou la maladie, les religions, le patriotisme… en gros, tous les petits moments où l’homo-sapiens est plus proche du con que de l’homme.

Le comique conservateur se fend la poire des conséquences d’une situation en se fichant des causes. Dany Boon rit « du monde qui poirote à la poste » sans se soucier du « pourquoi » il n’y a qu’un guichet sur douze d’ouvert. Ce sont les comiques de situation, les rieurs de l’instant comme Dubosc, Gad Elmaleh… en gros, tous les clowns riant d’Arte et des « élites » pour mieux passer sur TF1. Ils sont la majorité de la « grande famille » du rire.

Enfin, il y a le VRAI humoriste, qui ne veut pas être qualifié de réactionnaire mais de mec « politiquement incorrect », se gaussant des VRAIS tabous de notre société bien-pensante : Les juifs, les pédés, les Francs-maçons, les immigrés… Ce sont des irréductibles gaulois en guerre contre la décadence d’un monde qui irait mieux s’il y avait de VRAIES frontières pour séparer le bon grain de l’IVRAIE. Oui, le VRAI humoriste « politiquement incorrect » est persuadé que c’est une avancée intellectuelle que d’avoir la même opinion sur la société que nos glorieux ancêtres ! Qu’importe si les « blagues » sur les gouines et les tapettes servaient de justification au passage à tabac des « gays », qu’importe si les « blagues » antisémites servirent à repasser les idées des chemises brunes… QU’IMPORTE, tous ensemble « rions » de tous ces cons qui sont pas comme nous, pour en revenir avant ce putain de mois de mai 68 où les « droits-de-l’hommistes » ont vu le jour !

Cependant, les VRAIS humoristes sont généralement dans l’ombre. Il faut dire que souvent leurs « blagues », leur « humour » donnent plus envie de vomir que de rire. Comme ils doivent lutter « Face au « graphiquement correct » de Charlie Hebdo et autres Canards (très) enchaînés », ils réservent leur « gags » à des journaux comme Minute, Présent, Rivarol, le Cri, Égalité et Réconciliation… ils sont une poignée, dont Dieudonné est la star. Ah « Dieudo », comme l’appellent ses fans qui se ruent comme des beaufs pour s’émerveiller qu’on puisse encore vomir sur les juifs en se servant des mêmes clichés qu’il y a 70 ans, à savoir : les juifs et l’argent, les juifs et les doigts crochus, les juifs et la lubricité, les juifs et les juifs, à qui l’on nie même le fait d’avoir subit la Shoah.

La banane de Minute a la même « provenance » que l’ananas de Dieudonné, ce sont les mêmes fruits pourris que piétinèrent les Pierre Doris, Coluche, Pierre Desproges, Reiser… et tant d’autres qui donnèrent à l’humour l’intelligence et la virulence de la subversion des lendemains qui se marrent, en luttant conte la fausse ouverture d’esprit qui affirme que l’on peut rire de tout, surtout quand on collabore avec n’importe qui.

par Anthony Casanova

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