Le syndrome chinois
Par Naqdimon Weil , le 8 octobre 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, y’a pas plus que y’a pas longtemps, pour tout dire en tout début d’après-midi, l’assez discutable, scientifiquement parlant, Mathieu Vidard recevait Charlotte Nithart, de la très très discutable association Robin des Bois et co-auteure de « L’Atlas du business des espèces menacées », histoire de causer des bestioles en voie de zigouillage définitif. Et c’est assez flippant, car bientôt, plus d’éléphants ou de rhinocéros, fini les baleines, adieu les tigres, ciao les pangolins et ainsi de suite. La jeune femme expliquait qu’en plus d’être extrêmement lucratif, le trafic de bouts de ces animaux est encore trop peu combattu et qu’en terme de mafias, il est plus facile et plus rentable de balader de la corne de rhino ou des couilles de babouin que de la coke. Vous me direz que tout ceci est fort triste et très intéressant, car vous êtes polis et bien élevés, contrairement à moi, mais vous voudriez bien savoir ce que ce sujet fout dans une chronique à vocation politique.

Bon, d’accord. Je change.

Donc, y’a pas plus tard qu’il y a un peu plus longtemps, j’étais à l’anniversaire d’un mien jeune camarade, car le jeune gommeux en question célébrait ses 30 ans, sale jeune !, là, je discutais avec une jeune femme charmante et bien sous tous rapports, enfin, je présume. Laquelle jeune femme me dit qu’elle largue l’Éducation Nationale incessamment sous peu pour cause de ras-le-bol des conneries de tous ordres et qu’elle s’apprête à ouvrir un cabinet de médecine chinoise. Comme je suis chez des potes, je me retiens de ricaner, et comme c’est une amie chère à des amis chers, quand elle me parle de points de chakra pour soigner mes apnées, je ferme bien ma gueule et retourne manger l’excellent cake tomate-olives-roquefort de Patrick, père du jeune Charlie.

Quoi, encore ?
Vous ne voyez pas le rapport ?

Ben pourtant, il est là, le rapport, entre la disparition de certaines espèces et la médecine chinoise, cette pseudo-science figée dans des savoirs décatis, ne connaissant ni la génétique, ni l’anatomie humaine, ni la physiologie mais que certains portent aux nues comme « traditionnelle » et « respectueuse ». Respectueuse, mon cul ! C’est respectueux de quoi de faire bouffer de la corne de rhino ou des couilles de tigres pour tenter de faire bander quelques vieux racornis, confits dans leur vieillerie ? C’est respectueux de réduire les écailles du pangolin , seul mammifère terrestre à en posséder, en tisane pour obtenir d’hypothétiques gains de santé ? Non, mais on se fout d’la gueule de qui?

Encore plus con que l’homéopathie qui fonctionne à coup d’analogie, tiens, le virus du SIDA ressemble à du chardon, hé, j’vais soigner les immunodéprimés avec sa décoction ultra diluée, c’est génial, la médecine chinoise pense que comme la corne de rhino est dure, en manger va donner la bite raide, que comme le lion est costaud, bouffer ses babines va transformer un petit rachot en Teddy Riner et autres conneries du genre. C’est con, c’est primaire, c’est évidemment totalement faux, mais comme c’est de la sacro-sainte médecine chinoise qui fait tripper tous les comiques – et certains copains, désolé, les mecs -, on balaie ça sous le tapis. Si un quelconque shaman africain dit qu’il faut se tartiner le zboub de graisse de girafe pour l’avoir long, on va bien se foutre de sa gueule et dénoncer des pratiques de sauvage. En revanche, si ça vient d’un « médecin chinois », ce n’est pas pareil, c’est issu d’une longue tradition. Une longue tradition de connerie en sauce, bordel de moi-même, et puis basta ! Quant aux plantes qui soignent, intéressez-vous donc à l’acide aristolochique et aux cancers du système urinaire à Taiwan, vous m’en direz des nouvelles…

En tout cas, moi, tout ce que je sais, c’est que le prochain qui vient me pleurer dans les esgourdes sur la disparition de la biodiversité et qui me chante les louanges de la médecine chinoise dans le même temps, je lui vomis mon dimsum à la gueule!

par Naqdimon Weil

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