Le temps court

par | 7 Jan 2020

NAQDIMON fait son malin

Bon, ben en voilà une autre qui commence, alors que la précédente s’est achevée, faut reconnaître, c’est bien foutu comme truc. On a fait bombance le 31, on s’est léché le museau pour se la souhaiter bonne et joyeuse et c’est déjà derrière nous, le quotidien nous rattrape, réforme et grève, bruits de bottes et parfum de guerre, meurtres et brindezingues avec lame de 20 centimètres. Bref, que de l’habituel, du classique et du courant, tout juste de quoi alimenter le moulin à paroles du chroniqueur en mal de dégoisage amusé hebdomadaire.

Sauf que nous sommes le 7 janvier et que cette date n’est pas une date comme les autres. Il y a 5 ans, jour pour jour, deux salopards, qu’on ne qualifiait pas encore de déséquilibrés et que je refuse de nommer ici, sont rentrés dans les locaux de Charlie et ont fait un massacre au nom de leur pauvre foi de merde. 5 ans. C’est court, cinq ans, c’est à peine un bégaiement dans le cours de l’histoire du monde, tout juste un raclement de gorge. Et pourtant, en pas plus que 60 mois, c’est comme si tout avait changé. Et pas en bien, je vous prie de le croire. 

Quand, au lendemain de ces assassinats et de ceux de l’Hyper Cacher, sans oublier les meurtres d’Ahmed Merabet et de Clarissa Jean-Philippe, toute la France était révoltée, prête à se lever, au moins dans les mots si ce n’est dans les gestes, tout le monde n’est pas un héros, contre les enfoirés qui butent au nom de Dieu. Et puis il y eu le Bataclan et les terrasses, le Thalys, Nice, Strasbourg, Saint-Étienne du Rouvray et les attaques, à domicile, dans la rue, dans les entreprises, partout le même schéma, la même volonté de tuer et de terrifier, toujours pour défendre une idée moisie de la religion musulmane. Alors, on s’est habitué, c’est humain, on s’habitue à tous, même à l’horreur, même à la connerie, même à l’inhumain. Et maintenant, un connard armé qui tue dans les rues n’a plus droit qu’à une indifférence polie. C’est lamentable. Mais ce n’est pas le plus tragique.

Car le plus tragique, ce n’est pas l’indifférence, c’est le renversement des codes et des valeurs. Au lendemain de Toulouse et Montauban, après Charlie et l’Hyper Cacher, dans la foulée des cavalcades meurtrières des pourritures en mal d’assassinats, on aurait pu espérer que la condamnation reste la même, ferme et indiscutable. Mais ce n’est pas le cas et comme le disait Goya, le sommeil de la Raison engendre des monstres. Ces monstres, ce ne sont pas les crevures qui tuent, non, ceux-là, rien à faire, il n’y a rien à espérer d’eux, c’est foutu, ils ont le cerveau grillé et l’humanisme en berne. Non, les vrais monstres, ce sont les autres, les gentils relativistes, les aimables sociologues de comptoir, les empathiques à rebours, ceux qui ne s’alarment pas que dans les écoles des mômes proclament que Charlie l’avait bien cherché, ceux qui trouvent de sombres explications socio-économiques de mes deux pour excuser les meurtres, ceux qui cherchent une aiguille psychanalytique dans la meule de foin des croyances putrides. C’était normal et naturel d’être Charlie, il y a 5 ans, maintenant, c’est du dernier chic postmoderne de ne pas l’être et de le proclamer, c’est tellement 2015 de penser qu’une caricature ne peut entraîner la mort, alors que la mode est de défendre l’indigénisme et la pensée décoloniale, et tant pis pour les dégâts collatéraux.

Et nous voilà, 5 ans plus tard, de moins en moins nombreux à dénoncer l’islamisme meurtrier – ou le fascisme assassin, mais c’est la même chose, entre un connard fanatisé au nom d’Allah ou un crétin obsessionnel du « Grand remplacement », deux faces d’une même pièce, voire la même sur plein de sujets – et désormais considérés par les beaux esprits la médiasphère et du oueb comme membres actifs de la fachosphère. 

Alors, moi, cinq ans plus tard, au nom de Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat, Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab et au nom de tous les autres, je suis toujours Charlie, je reste Charlie et j’emmerde ceux que ça défrise.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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