Les cons, ça impose tout
Par Christophe Sibille , le 21 octobre 2014

Christophe SIBILLE l’homme au micro

J’en ai marre, des cons !!

Des cons, qui détournent la tête quand je leur fais un petit salut en les croisant, au cours de mon footing matutinal.

Des cons qui me saluent ostensiblement, en insistant pour que je leur réponde, alors qu’ils voient bien que je suis en train de réfléchir aux idioties que je vais écrire ici pour satisfaire ma chère lectrice ! Ben oui, s’ils étaient moins cons, aussi.

Des cons, qui ne répondent jamais aux SMS que tu leur envoies. Et, pourtant, c’est rarement pour leur demander du pognon. Ben ouais, avec la paie aux nombreux zéros dont me gratifie mon rédacteur en chef Anthony Casanova, (certainement avec la complicité non dissimulée de la mafia Corse), ce n’est plus un train de vie, que j’ai ! C’est un Orient-Express ! Alors, ceux-là, c’est simple, je les déteste presque autant que les cons qui t’envoient des sms auxquels tu n’as aucune envie de répondre !

C’est dire à quel point je suis souple d’esprit et accommodant !!

Vous en voulez encore ?

Je vomis rétrospectivement les crétins qui se sont mis debout, ce vingt-neuf mai 1913, au théâtre des Champs-Elysées, pour dégueuler eux-mêmes leur haine et leur incompréhension devant la musique visionnaire d’Igor Strawinsky. Dont le « Sacre du Printemps » était représenté ce jour-là. Avec, quand même, il faut bien accorder ce relatif crédit au jugement humain, une moitié de salle aussi joyeuse et enthousiaste que l’autre était mauvaise et sourde. Oui, je les déteste, ces petits esprits refermés sur l’idée que l’art ne doit jamais outrepasser la créativité de ceux qu’ils en ont, une fois pour toutes, élus pour maîtres. Mais je crois que je compisse avec encore plus de férocité, accompagnée d’une joie démoniaque, les culs-bénits du modernisme à tous crins qui voudraient me culpabiliser de ne pas voir, dans un plug anal géant d’un vert chiasse, la quintessence du génie contemporain. En assimilant, justement, les détracteurs de Strawinsky avec les sceptiques non MacCarthophiles.

Font-ils exprès de ne pas voir que cette posture, qu’ils croient ouverte sur l’avenir et révolutionnaire, est en fait la plus monstrueusement conventionnelle qu’on puisse imaginer ? Pauvres simples d’esprit artistique, qui prostituez la sincère émotion esthétique contre le vicieux vieux frisson de l’interdit crétinisant. Vous savez, ou vous faites semblant d’ignorer, que les comptes en banque de ces faiseurs de mouise que vous idolâtrez sont abondamment et indirectement garnis par les rois du CAC 40, qui fixent eux-mêmes artificiellement le cours de ces merd … De ces riches contributions à l’élévation de leurs contemporains ? Nec plus ultra du libéralisme, lui-même descendant direct du courant « CroMagnon ».

Mais, à vouloir nous en mettre plein la vue, notre brave coincé du stade anal a même révélé un don d’ambigüité.

C’est vrai, devrait-on se réjouir que sa verrue ait été réduite par de vrais esthètes, soucieux de limiter au moins dans le temps la risée à laquelle cette ignominie nous condamne nécessairement aux yeux de l’opinion internationale ? Ou pourrait-on s’indigner du fait que l’obsédée Christine Boutin soit venue la poinçonner comme les puritains cachaient les pieds des fauteuils pour ne pas donner de mauvaises pensées aux tables ?

Bon, un dernier p’tit con pour la route.

Et, là, je dois t’avouer, ô ma lectrice, que je suis à la fois peiné et embarrassé. Pas facile d’hériter du ministère de l’enseignement.

Madame Vallaud Belkacem, je n’arrive pas à vous haïr. Le chemin que vous avez choisi, aucune bête ne le  voudrait de gaîté de coeur ! A part, évidemment,  Claude Allègre. Mais ils l’ont bien dégraissé, les profs, et renvoyé à la niche dont il n’aurait jamais dû sortir. Sauf, peut-être, pour servir de barbecue sur la banquise.

Najat, franchement, tu n’es pas raisonnable !!

Les professeurs doivent enseigner des connaissances assez pointues. Pour le contrôle desquels ils ont été sanctionnés par un concours sélectif.

S’ils font ce métier, c’est souvent pour ressembler à celui qui les a marqués pendant leurs études. Quelquefois pour en être l’opposé, se rappelant de ses pratiques innommables comme d’une boussole qui indiquerait le sud.

Ils en est donc une bonne partie qui a « la vocation ». Tu ne m’en voudras pas d’être pompeux, ô ma lectrice. Même si je préfère, à tout prendre, être pompé que pompeux. Mais cette vocation leur confère une capacité de réflexion potentielle, et l’œil brillant avec lequel ils envisagent la transmission de leur discipline.

Ils ne demandent de ta part qu’une reconnaissance, sous forme éventuellement financière, mais, surtout, d’une formation initiale et continue.

Et aussi, que l’expression « parent d’élève » devienne oxymorique. Parfois, au moins.

Et, surtout, qu’on arrête de leur imposer, sur le temps pendant lequel ils pourraient enrichir joyeusement leurs connaissances et leur amour du métier,  des « journées de concertation » d’une débilité absolue dont on se demande si elles ne sont pas délibérément téléguidées pour les en dégoûter à tout jamais. A l’issue desquelles on se branlera évidemment de leur avis.

Et de remplir des pages de grilles d’évaluation à côté desquelles celles de la prison de la Santé sont une ode à la joie de vivre. Pour pallier les connaissances que la débilité des programmes actuels les empêche de dispenser.

Pour résumer crûment, (mais même pour la fin, je ne veux pas être fin, comme dirait Jean-Patrick), si tu crois vraiment que c’est en les prenant pour des cons que tu vas mieux les baiser, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au poumon.

par Christophe Sibille

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