Les hommages
Par Thierry Rocher , le 1 décembre 2015

Thierry ROCHER renvoie la censure

Les hommages aux morts m’ont toujours laissé avec plein de questions en tête. Après l’hommage national aux Invalides, apothéose de tous les hommages, j’ai toujours les mêmes interrogations, avec en toile de fond, la sincérité réelle qui se cacherait ou non derrière la sincérité affichée. Pour un homme politique ou public est-on obligatoirement dans la communication quand on montre son émotion ? Lorsque l’on chante l’hymne national, dans un rassemblement officiel est-on plus solidaire de ses voisins que lorsqu’on ne la chante pas ? La minute de silence (qui ne dure jamais une minute) sert-elle à faire le vide dans l’esprit ou à se rapprocher des disparus qu’on ne connait pas personnellement ? Peut-on être réellement touché par un hommage à des victimes innocentes si celles-ci ne font pas écho à des proches ? En clair, sera-t-on ému profondément si l’on ne peut se projeter dans des actes de barbarie subis par des semblables, même âge, même culture ou même condition ?

Un hommage est porteur d’émotion pour les actes que l’on remémore bien sûr mais aussi par la charge que l’on met dans la forme. Le 27 novembre, à Paris, dans la cour des Invalides, tout était réuni pour que chaque Français soit concerné, avec les mots d’un discours officiel et surtout des chansons parfaitement choisies, celles de Brel et Barbara. Autant, en ce vendredi matin, la question de la sincérité ne se posait pas, autant quelques heures plus tard, dans la même ville, un certain malaise m’a envahi. Le Parc des Princes et le match de foot entre le PSG et Troyes. Un stade et toute la panoplie de l’hommage organisé : banderole, les maillots avec « Je suis Paris », la minute de silence, la Marseillaise, les officiels et les joueurs au garde à vous et pour faire bonne mesure, le public aussi. Le PSG des Qataris qui donne l’exemple. Un hommage rendu aux victimes du terrorisme par ceux qui l’ont financé. La boucle est bouclée. Et comme les supporters sont intelligents, personne n’est choqué. Il faut dire que le président qatari a une belle cravate (qui ressemble à la mienne), beaucoup d’argent et n’a pas dû apprendre à se servir d’une kalachnikov. Eh oui, que des bonnes raisons d’avoir confiance !

Mais l’hommage, c’est comme la générosité, on n’a pas besoin de l’afficher pour qu’il existe avec force. Chacun met la forme qu’il veut mais le respect est de mise pour toutes les matérialisations du souvenir ou du chagrin. C’est aussi pour cette raison que j’ai été écoeuré par les pauvres types cagoulés que la violence fait bander et qui ont saccagé fleurs, bougies, dessins, Place de la République à Paris, dimanche dernier.

Et si le respect devenait une notion révolutionnaire ?

 

Par Thierry Rocher

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