Les oiseaux de passage
Par Anthony Casanova , le 29 septembre 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse

On ne choisit pas plus le lieu que le jour de sa naissance, et il faut bien se rendre à l’évidence : on le mérite rarement. Par exemple, si aujourd’hui je suis très heureux de ne pas être Syrien, j’ai en revanche sacrément honte d’être Européen. Oui, car c’est une sacrée chance de ne pas avoir eu à naître dans un pays en guerre dont le peuple a le « choix » entre un dictateur ou Daech. Si j’étais né là-bas, moi-aussi j’aurais fui.

Oh bordel, oui j’aurais décampé vite et loin, et je sais que, con comme je suis, j’aurais vu en l’Europe : le Paradis. L’Europe c’est les Droits de l’Homme, Leonardo da Vinci, les Beatles, la Cinecittà… alors, moi aussi j’aurais abandonné tout ce que j’ai, j’aurais sans doute risqué ma vie pour être libre, en paix, en tentant peut-être d’être heureux là-bas « chez toi »… mais après avoir risqué 1 000 fois de mourir noyé, en débarquant enfin sur le doux sable méditerranéen… je t’aurais trouvé toi. Toi, triste con avec ta face de médiocre qui balaye ma main tendue et me traite comme du bétail. Toi, petite merde grimaçante qui parle des miens et de moi comme si nous étions des parasites.

Que sais-je ? Peut-être, sur mon radeau de fortune, aurais-je rêvé qu’une fois sur la terre ferme tu m’accueilles par un sourire, une tape sur l’épaule, et que tu me proposes un café, en me disant : « ne t’inquiète pas, ici tu es en sécurité ». Mais non, il a fallu que tu sois petit et mesquin, bête et méchant comme le beauf de Cabu, en n’ayant que ton groin pour tout horizon. Tu es là, assis dans ton pays libre, installé dans ton État riche, et tu oublies que tu n’y es pour rien. Montaigne, Molière, Hugo, Zola, Montesquieu pour toi ce ne sont que des noms de rue. Tu fais du hasard de ta naissance une règle immuable pour t’octroyer le droit de me refouler à l’entrée du monde libre.

Au mieux, quand tu es magnanime, tu penses qu’il faut me faire passer un examen de passage, savoir si nous partageons la même foi, si ceci si cela… et pourquoi ne pas émettre l’envie de vérifier si ma dentition est assez irréprochable, pendant que tu y es ! Mais mon salaud, ton petit Jésus de merde que tu cites pour marquer nos différences, s’il a existé, c’était mon voisin ! Sa peau était plus proche de mes joues bronzées que de ton cul tout blanc. Si Jésus vivait aujourd’hui, tu parlerais de lui en disant : « sale Arabe ». Avec toi, il n’aurait pas fini sur une croix mais au fond de la méditerranée.

Non, le seul débat que tu aurais dû avoir ce n’est pas « comment te justifier de me fermer la porte » mais « comment m’accueillir dignement ». Tu es la preuve qu’on ne peut pas toujours écrire « Homme » avec un « H » majuscule parce que s’il fallait te renvoyer chez toi, dans l’univers qui correspond à ton humanité, on te bazarderait illico dans une poubelle.

par Anthony Casanova

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