Les savantes
Par Christophe Sibille , le 1 octobre 2019

Pianotages de Christophe SIBILLE

 

Revenons sur la grille d’été de France inter, dont vous avez eu peut-être la malchance d’en écouter un des fleurons: «Les savantes», par Lauren Bastide.

Il y en a eu plusieurs, à peu près toutes taillées dans le même bois, dans lequel on ne fait pas de pipes. Du moins l’asperge. («l’espère-je», pardon.) Un des moments clés de cette série fut la venue d’Hanane Karimi, sociologue, et militante pour un féminisme musulman. (Je cite la présentation de la dame que nous propose le lien vers cette émission du service public, sans relever l’oxymore. Zut, trop tard.)

Pour nous mettre en bouche, une intro en forme d’indignation chorale de l’animatrice (que je paie avec ma redevance) et de l’invitée sur les enfoirés qui voient un inconvénient à ce que ces, donc, féministes, profitent de la liberté que leur accorde le patriarcat de masquer totalement leur féminité en forçant l’entrée de la piscine de Grenoble pour aller s’y baigner en Burkhini. N’ayant la place de dérouler totalement l’émission que vous pouvez la retrouver sur le site d’Inter. Mais, quand-même, voici un extrait de l’échange de fin, parce que j’aime l’idée de vous obliger à réfréner vos envies de «meurtre d’écran».
Je cite Hanane: «La religion vient renforcer l’« altérité racialisante. La race est un critère de différenciation sociale. En France, on fait de la différenciation sociale à partir de traits phénotypiques et de pratiques, dont la façon de s’habiller. Dans un processus de retournement du stigmate, que faire de mieux que revendiquer cette identité qui est disqualifiée socialement, et la porter fièrement, et qui engage ces femmes dans des luttes politiques?»

La journaliste, précieuse ridicule au-delà de tout, tombe en pâmoison totale sous les caresses de ces mots, et conclut ainsi: « On retombe sur cette notion fondamentale de sororité que vous incarnez merveilleusement ». La boucle est bouclée. Finalement, si j’ai bien compris, on ne peut être sœur qu’avec quelqu’un de son genre, de sa « race », de sa classe ou au moins deux des trois. Sinon c’est « eux » contre « nous ».

Und so weiter.

Lauren Bastide a eu plusieurs invitées de cet acabit. Et toujours la même attitude complaisante, et complice. Nous sommes plusieurs à avoir écrit au médiateur de «France-inter» pour gueuler un peu. Pour qu’il y ait «a minima» une contradictions à ces propos un peu scandaleux. C’est Laurence Bloch elle-même, directrice de France-inter, qui nous a répondu:

«Chères auditrices, chers auditeurs,

Vous avez adressé à la Présidente Directrice Générale de Radio France une lettre de protestation suite à la diffusion sur l’antenne de France Inter d’une émission dont certains propos vous ont profondément choqué.

En tant que Directrice de la chaine et responsable de sa ligne éditoriale je me permets de vous répondre directement après avoir pris le soin de réécouter dans son intégralité l’émission concernée dans laquelle était invitée Hanane Karimi , sociologue , enseignante à l’université de Strasbourg et chercheuse associée au Laboratoire SAGE «société , acteur et gouvernement en Europe», émission diffusée le 11 Aout dernier.

Pour rappel cette émission n’est pas une émission récurrente de la chaine mais une collection proposée aux auditeurs le temps de la grille d’été et confiée pour la troisième année consécutive à Lauren Bastide productrice d’un Podcast Natif «La Poudre» suivi par de très nombreux internautes et consacré à des portraits de femmes, notamment celles dont le parcours a été particulièrement exemplaire en matière professionnelle.

Cette série connait tous les ans un vrai succès d’estime car la productrice Lauren Bastide s’est toujours efforcée de mettre en lumière des femmes peu connues du grand public et grâce à son empathie naturelle a réussi à faire que ces femmes peu habituées au micro s’expriment librement et puissamment.

Pour autant je dois dire que je regrette comme vous que dans certains moments de cet interview l’empathie de la productrice l’ait emporté sur sa capacité à interroger les positions de son invitée, dont toute la grille de lecture est sociologisante et exclusivement centrée sur un rapport dominé /dominant , position évidemment légitime, ce sans qu’ à aucun moment le principe de laïcité n’ait été posé comme fondement d’une société protectrice des libertés privées et du vivre ensemble.

La discussion n’en aurait été que plus riche et plus dense. Par ailleurs, et cela n’enlève rien au regret que j’exprimais auparavant, il me semble que le parcours de cette femme était bien intéressant à partager. Enfin il est important de savoir que Lauren Bastide s’exprimait dans une émission de programme et non dans une tranche d’information ou l’objectivité et la neutralité sont la règle et qu’à aucun moment il n’y a eu volonté de salir quelque personnalité politique que ce soit mais l’expression d’une conviction personnelle.

Soyez convaincu, cher auditeur, que nous recherchons avant tout sur cette antenne à faire entendre toutes les voix qui s’expriment dans ce pays, fussent elles discordantes, pour qu’un espace de dialogue reste ouvert et que le principe du pluralisme essentiel dans une démocratie s’exprime.

Les questions identitaires sont les plus compliquées qui soient et les traiter justement, posément et diversement reste une gageure. Nous nous y confrontons avec détermination car c’est notre mission de radio de service public mais le consensus est loin d’être la règle en la matière et il nous faut l’accepter.

Je vous remercie en tout cas d’avoir pris le soin et le temps de nous interpeller.
Vos critiques nous font toujours avancer.
Bien à vous.

Laurence Bloch.»

Dont acte. Mais, derrière cette réponse empreinte d’une langue de bois certaine, je lis en filigrane qu’il serait étonnant que Lauren Bastide soit reconduite.
Donc, on a bien fait…

Une idée me vient… Si on écrivait une petite bafouille pour Didier Varrod?

par Christophe Sibille

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