Lettre à mon Maire
Par Christophe Sibille , le 19 mai 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Monsieur le maire,Vous permettez que je vous appelle Monsieur le maire ? Oui. Pour deux raisons : une, c’est bien votre fonction, et deux, je ne vais pas vous appeler Madame.Nous nous sommes rencontrés quatre fois. C’est beaucoup. Enfin, surtout pour moi. Vous, vous vous en foutez, votre métier, c’est surtout de rencontrer du monde, non ? Le plus possible ! Ben oui, pour se faire élire, c’est ce qu’il peut y avoir de plus important ! Je sais pas, moi, regardez Chirac au salon de l’agriculture, François Hollande au salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture. Et hop, à chaque fois, élus ! Ah, non, merde, ils l’étaient déjà.

Rassurez-vous, je ne voterai pas quatre fois pour vous. Zéro, ça sera largement suffisant.

La première de ces rencontres … Non, je ne vais pas faire ça par ordre chronologique. Vous comprendrez pourquoi ; non, c’est vrai, la logique n’est pas forcément chrono. Donc, je vais numéroter les fois, et vous verrez à la fin que, comme dit le proverbe chinois bien connu : « l’ordre est dans le désordre. Et réciproquement ». Des questions ?

Inauguration de l’auditorium Franz Liszt. Dans la foulée, Giovanni Bellucci, l’immense pianiste, reçoit de vos mains la médaille d’honneur de la ville de Châteauroux. Le 15 Mars dernier. A mon avis, même si vous n’aviez jamais entendu parler ni de l’un, ni de l’autre, vous n’avez sûrement pas oublié cette date ? Si, si !! Vous vous y étiez pris à deux fois pour découvrir la plaque ! Le cordon vous est resté dans les mains, le premier coup ! Bien la peine d’être sarkozyste, si c’est pour être aussi maladroit que François Hollande, tiens ! Ou alors, c’est pour tromper l’électeur ennemi !

La commémoration de la libération de la ville de Châteauroux, le 10 septembre dernier. Tous les ans, avec mes chorales, on y interprète le chant des partisans. A l’issue de cette cérémonie, vous serrez les louches des divers participants, dont la mienne. Ma main n’est pas restée dans la vôtre, comme le cordon de Liszt, mais c’était franc et cordial. Pas comme le préfet, qui vous suivait. Il est très sympa aussi, mais, lui, il a les mains moites, c’est une horreur ! Mais je vous dis ça en «off », hein ! Pas de fuites !! Ne jouez pas la couche de Jean-Marie le Pen !! Mais non, pas la couche qu’il tient ! Celle qu’il met ! Enfin, vous me direz, il faut bien qu’il la tienne, avant de la mettre !! Mais non, ce n’est pas une métaphore sexuelle ! Mais suis-je bête, ce n’est pas lui, qui la met, la couche, c’est la Marine ! Evidemment !

Un match de football de « la Berrichonne ». Oui, c’est l’équipe locale. Celle dont le ballon aimerait bien, de temps en temps, avoir l’occasion d’aller tester la solidité des filets de buts adverses ! La dernière fois qu’ils ont marqué, c’était … Contre leur camp, forcément.

Le responsable de « l’événementiel » de la mairie … Oui, on ne dit plus « service culturel », on dit « événementiel », maintenant. C’est un peu comme la transversalité qui tient lieu de connaissance au collège, maintenant. Ronflant, et un peu vide. Donc, le chef du service culturel nous a demandé, toujours à mes choristes et moi, de venir chanter à l’issue du match, dans le salon des sponsors. Enfin, de chater ! Disons, de brailler plus fort que les notables de la ville qui s’enfilaient du Champ avec nos impôts locaux. Avant, vraisemblablement, de  tenter la même chose plus tard avec les hôtesses qui le leur servaient. Nous étions à côté de votre table, et, vous, le seul à nous avoir applaudis. Peut-être parce que le seul à avoir remarqué qu’on essayait de chanter, allez savoir ! Merci à vous, en tous cas !

C’était le 22 novembre 2014.
Et enfin, le 11 janvier dernier … Ca vous dit quelque chose ? Moi, oui.
Le dimanche 11 janvier, vous étiez Charlie, à ce moment-là.
Comme tout le monde, vous me direz.
Une petite question ; pour vous, l’esprit Charlie c’est quoi ?
Eh ben, j’vais vous l’dire, selon la formule préférée de votre mentor politique. Pour résumer, l’esprit Charlie, c’est la résistance dans la déconnade, la convivialité, et l’art ! Les trois principaux ennemis de l’intégrisme, donc, de la connerie.
Cabu, le dessinateur formidable, était fondu de jazz, dont il connaissait tout jusqu’aux années 60.
Luz s’était découvert une passion absolue pour Dietrich Fischer-Dieskau.
Et nous en avons parlé de longues heures de tout ça.
Et de l’enseignement, aussi. De la musique.
Et en déconnant. Evidemment.

Monsieur le maire, je ne peux pas dire que je vous connaisse bien, mais, là, je ne vous reconnais plus ! Vous qui aviez parlé avec beaucoup d’émotion de tous ces dessinateurs assassinés, vous décidez de supprimer, entre autres, 20% des crédits du conservatoire. Tristement. Et avec brutalité.

Très franchement, Monsieur le maire, si, de là-haut, Bernard Maris, Cabu, Wolinski, Tignous, Gébé, Cavanna, Charb, Gébé, Cavanna, vous regardent, ils doivent être un peu déçus de ce revirement, non ?

A moins que ce ne fut un Charlisme d’opportunisme, uniquement ?
Je ne peux pas le croire.

Monsieur le maire, à bientôt.

 

par Christophe Sibille

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