L’Histoire s’écrira-t-telle sans vous?
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

A-t-on besoin de rappeler les fondamentaux de l’extrême droite? A-t-on besoin de rappeler ce que fut et ce qu’est le Front National depuis sa création en 1972? A-t-on besoin de rappeler ce qui se cache derrière la vitrine de ce parti dont plusieurs de ses membres furent condamnés maintes fois pour banalisation des crimes contre l’Humanité, antisémitisme, meurtre, négationnisme, incitation à la violence raciale, racisme, homophobie, violence en réunion…  non, il serait inutile de le rappeler. Pourtant, pour la seconde fois en 15 ans, le Front National se retrouve en finale de l’élection présidentielle.

Nous sommes donc tous confrontés à un choix. Un choix qui est avant tout individuel. Si Desproges déclarait en 1986: «j’aurais l’impression de passer à l’action en votant si j’avais le choix entre Le Pen et n’importe quel autre», il semble que, 31 ans plus tard, nous ne fassions plus la différence entre l’extrême droite et «les autres».

Sans tomber dans la politique fiction, dans le cas où le second tour aurait vu s’affronter Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qu’elle aurait été notre réaction si le candidat LR avait prôné le «ni-ni»? Nous aurions tous manifesté notre dégout de cette droite qui n’aurait plus eu de républicaine que le nom. Et si c’est Fillon qui s’était retrouvé en finale face à Le Pen, à combien évaluerions-nous la probabilité de la victoire de l’extrême droite?

Oui, il s’en est sans doute fallu de peu pour que nous ne laissions le pays sombrer dans le nationalisme sous prétexte que la démocratie est parfois décevante. Le FN ne s’est pas «dédiabolisé» c’est nous qui avons fini par l’accepter. Nous, de gauche comme de droite, avons-nous oublié que la démocratie repose sur notre coexistence pour conclure que l’extrême droite est envisageable? En n’accédant pas au second tour, sommes-nous en train d’affirmer qu’il n’est plus question de faire barrage au FN?

Lorsque Mélenchon demande des «garanties» à Macron, à quoi ça rime? Et si tous les candidats faisaient de même? Est-ce à dire qu’il nous faut tergiverser pour savoir quelle attitude adopter face au FN? Certes, l’extrême droite gagne toujours du terrain, eh bien marginalisons-la lorsqu’il s’agit de son accession au pouvoir. Car la seule victoire que nous pourrions tirer de cette élection, en attendant les Législatives, ce serait de donner une claque au FN pour que son score soit si anecdotique que nous aurions au moins de quoi nous réjouir à l’annonce des résultats.

Nous sommes des individus avant tout, et seuls nos actes, nos positions, nos engagements disent ce que nous sommes. On peut clamer que l’on se bat depuis toujours contre les idées du FN ou dire que l’on s’en fiche la plupart du temps, la seule chose qui compte c’est ce que nous faisons lorsqu’on nous demande de nous exprimer dans les urnes. Il ne faut compter sur personne si ce n’est sur soi. Ce n’est pas aux autres d’éviter le pire, et peu importe si ce «pire» a peu de chance de voir le jour, c’est à nous de répondre présent.

Se rendre aux urnes pour dire «non» à l’extrême droite ce n’est pas infamant, honteux ou salissant, non, c’est un honneur.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

La une de Charlie