L’hyène de Bolloré
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Au lendemain de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, Cyril Hanouna, l’animateur si cher aux yeux et au portefeuille de Vincent Bolloré, n’a rien trouvé de mieux que d’humilier en direct, via un «canular», des personnes en raison de leur homosexualité. Cyril Hanouna a donc, encore une fois, «dérapé». Il faut comprendre que le dérapage est à Hanouna ce que la flatulence est au pétomane, à savoir: son fonds de commerce.

Bien évidemment, suite aux accusations d’homophobie, Cyril Hanouna s’est défendu en disant qu’il n’était aucunement homophobe, que l’on avait mal interprété sa blague et que ceci et que cela, et qu’il aime tout le monde. Cependant, il est usant de toujours vouloir prendre des pincettes en disant: «untel n’est pas homophobe, raciste, sexiste, antisémite… mais, en revanche, ses propos le sont». Pour quelles raisons, devrions-nous toujours essayer de «sauver l’honneur» de celui qui «dérape»? D’ailleurs, le mot «dérapage» est en soi un euphémisme pour en dédouaner l’auteur. Combien faut-il de «dérapages» pour en tirer les conclusions qui s’imposent?

Hanouna, qui pense être moderne en véhiculant des clichés ancestraux, est intrinsèquement persuadé qu’un homophobe c’est celui qui tabasse ou assassine les homosexuels, qu’un antisémite c’est celui qui tabasse ou assassine les Juifs… mais que celui s’en servant de bouc émissaire, pour faire rire la galerie, doit être absous de toute critique sinon c’est du «politiquement correct».

L’essence même du «politiquement incorrect» est de construire son rire sur une différence innée: la couleur de peau, le genre, l’origine, la sexualité. Chez Hanouna, le rire ne sert pas à la construction d’une pensée ou même à l’expression d’une subjectivité. Le rire, dans Touche Pas à Mon Poste, c’est de pouvoir appeler une femme: une pute, et un homosexuel: un pédé. Cet «humour» dont Hanouna et sa bande regrettent la disparition en arguant qu’aujourd’hui «on ne peut plus rien dire» est un appel à la haine, une invitation à la violence et il ne doit pas plus être admis de la part d’un mec avec une cravate que d’un type avec un nez rouge.

Le «politiquement incorrect», c’est le langage du con qui regrette le bon vieux temps des brimades dans la cours de récréation et les passages à tabac dans les casernes militaires. C’est le rire qui trouve sa légitimité dans la violence du plus grand nombre. La «liberté d’expression», c’est avant tout la liberté de s’exprimer. Or, si l’on est considéré comme une merde dès sa naissance, comme un sous-homme, la «liberté d’expression» des uns s’apparente à une liberté d’oppression des autres.

Ce ne sont même pas ces pauvres bougres qui regardent cette émission qu’il faut blâmer mais les producteurs, le présentateur, les chroniqueurs, les annonceurs, bref tous ceux qui font de Touche Pas à Mon Poste une tumeur cathodique où l’on se glose du néant en starisant le médiocre qui sommeille, plus ou moins profondément, en chacun de nous. Cet étron télévisuel où l’on y hurle avec les loups, où l’on y rigole avec les hyènes.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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