Libre comme l’oiseau
Par Thierry Rocher , le 24 mars 2020

Thierry ROCHER renvoie la censure

Avec le confinement, enfermé comme beaucoup dans un appartement, on se prend à rêver de grand air, d’autant que le printemps est là. Alors, j’ai décidé, une nouvelle fois, de m’évader avec quelques poètes qui ont magnifiquement parlé de ces êtres qui tutoient le ciel.

Commençons avec Victor Hugo:

 

Oh! sur des ailes dans les nues
Laissez-moi fuir! Laissez-moi fuir !
Loin des régions inconnues
C’est assez rêver et languir!
Laissez-moi fuir vers d’autres mondes.
C’est assez, dans les nuits profondes,
Suivre un phare, chercher un mot.
C’est assez de songe et de doute.
Cette voix que d’en bas j’écoute,
Peut-être on l’entend mieux là-haut.

 

Allons! des ailes ou des voiles !
Allons! un vaisseau tout armé!
Je veux voir les autres étoiles
Et la croix du sud enflammée.
Peut-être dans cette autre terre
Trouve-t-on la clef du mystère
Caché sous l’ordre universel:
Et peut-être aux fils de la lyre
Est-il plus facile de lire
Dans cette autre page du ciel !

 

Dans les bois (Gérard de Nerval)

 

Au printemps l’Oiseau nait et chante:
N’avez vous pas ouï sa voix? …
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l’Oiseau – dans les bois !

 

L’été, l’Oiseau cherche l’Oiselle:
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l’Oiseau – dans les bois.

 

Puis quand vient l’automne brumeuse,
Il se tait … avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’Oiseau – dans les bois !

 

Courlis (Louis Aragon)

Les courlis parlent entre eux
Leur volant vocabulaire
C’est l’heure où le ciel est creux
D’un subit départ solaire
Les noyés au cœur ombreux
Lorsque le soir est si clair
Voyez-vous ont malheureux
Ils n’ont personne à qui plaire
Les courlis parlent entre eux
Courlis courlis coléreux.

 

Le pélican (Robert Desnos)

Le capitaine Jonathan,
Etant âgé de dix-huit ans
Capture un jour un pélican
Dans une île d’Extrême-Orient.

 

Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un oeuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant énormément.

 

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D’où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.

 

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.

 

La poésie avec les oiseaux et la liberté qu’elle représente. La conclusion sera pour le célèbre philosophe chinois Qi Shi Tsu qui rappelle l’essentiel en cette période compliquée: « Rire de tout peut éviter de pleurer pour rien ! »

Par Thierry Rocher

 

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