L’imagination est-elle innée?
Par Thierry Rocher

Thierry ROCHER renvoie la censure

A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore si l’annonce d’éventuels blocages de nos amis routiers se vérifiera ou non sur le terrain. Blocage des raffineries, des routes et de tout ce qui fait que la vie quotidienne est supportable. Et forcément, mon esprit basique me replonge dans le passé, dans les grands mouvements sociaux qui ont permis aux travailleurs d’aligner les journées non payées. J’ai été souvent agacé quelques années en arrière,  non par les revendications mais par les méthodes pour faire entendre la colère et surtout espérer un résultat. J’ai pu constater dans ma vie qui compte quelques années au compteur que l’expérience ne sert pas à grand chose puisque les erreurs se renouvellent. Sans avoir l’œil collé au rétroviseur, il serait bon de temps en temps de prendre en considération les enseignements du passé. J’ai été agacé par les cheminots et d’autres catégories professionnelles pour des mouvements lancés selon un schéma classique voire poussiéreux et qui avaient oublié l’essentiel, à savoir la popularité auprès des gens hors de la corporation. Alors, sans se contenter du sempiternel défilé Bastille/République, il y a d’autres méthodes à imaginer que des blocages qui vont rapidement dresser les Français entre eux. J’ai toujours pensé, naïvement, qu’un mouvement social, pour réussir, se devait d’être populaire. Concrètement, nous n’en sommes qu’à des menaces de blocages mais cela suffit à constater l’absence d’imagination des organisations qui tentent désespérément de continuer à exister alors que l’indifférence individuelle grandit. Est-ce qu’on peut croire que des stratèges syndicalistes ou politiques découvrent des actions novatrices pour qu’un mouvement fasse boule de neige? L’imagination qui fait cruellement défaut aux « meneurs d’hommes » peut-elle prendre place dans leurs têtes, alors qu’ils ont vécu des décennies dans l’absence de celle-ci? Et c’est là qu’on s’aperçoit du corporatisme syndical. Défendre son pré carré, sans vision globale; le méchant patron contre le salarié gorgé de qualités, le public contre le privé etc. Les clichés ont la vie dure.

Alors, je suis désolé que la méthode employée cache le fond du problème mais c’est plus fort que moi. La France insoumise est séduisante pour certains angles de vue mais le besoin de gourou de ses fidèles m’indispose vraiment.

D’autant plus que le Mélenchon en question (je ne vais plus en parler parce qu’on va croire que je deviens obsessionnel ), sans oublier sa garde rapprochée, qui a monopolisé l’actualité du dernier week-end, a conscience de ce que cachent ses écarts de langage calculés, ses envolées lyriques brillantes. Il sait parfaitement que tout en s’affichant comme le porte-parole de l’opposition à Macron , il devient de plus en plus clivant, et s’interdit, de fait, de penser diriger la France un jour. L’ambiguité sur la sincérité de la démarche devient flagrante.  Alors, en attendant, il se fait plaisir et fait plaisir à son public. Je ne vais pas le critiquer, il faut faire plaisir à son public. L’homme de théâtre en plein air l’a compris, il est dommage que les sympathisants ne voient pas le fossé se creuser dans la population. Rassembler n’est pas toujours glorieux mais c’est la condition du pouvoir. Le dogmatisme ne débouche pas sur grand-chose, sur un tunnel dans le meilleur des cas.

Alors soyons naïfs: croyons que ceux qui ne pensent pas en rond soient écoutés. Une majorité qui braille peut-elle être attentive à une poignée qui pense ?

Et si le combat syndical ne débordait pas sur l’engagement politique? La raison d’être peut-elle retrouver le chemin de la raison (pure ou pas ) ?

Le comportement de ces  « théâtreux politiques » a malheureusement pris racine dans des calculs existentiels peu glorieux et bien loin d’un idéal altruiste.

Alors, je dirais simplement « vive le théâtre », avec ou sans gourou politicien joueur de claquettes, en espérant que les routiers ne bloquent pas l’accés aux lieux de spectacles.

Et pour ce qui est du théâtre, un petit coup de projecteur sur la création de ma première pièce dramatique « La vie de Léo Tracy ». Avant les représentations à Paris, en novembre, au Théâtre Darius Milhaud, premières à Vichy, dans mon lieu de prédilection, le Petit Théâtre Impérial, samedi 14 octobre (21 heures) et dimanche 15 octobre (15 heures). Réservations: 04 70 31 31 31. Je compte sur la présence de tous les lecteurs du Coq de la région et celle de leurs amis.

Par Thierry Rocher

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