L’indécence contre Charlie
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Dès le 7 janvier des voix s’élevaient pour dire «je ne suis pas Charlie». Heureusement, elles furent couvertes par les millions d’autres disant le contraire jusqu’au point d’orgue des manifestations du 11 janvier. Puis, à partir du numéro «Tout est pardonné» de Charlie du 14 janvier 2015, les détracteurs du journal revinrent chaque fois plus nombreux. Toutes les Unes du journal servant de prétexte pour dire «Ah non, là je ne suis plus Charlie» comme si le soutien aux victimes d’un attentat était négociable ou à la carte.

On avait beau répéter 1000 fois que se dire «Charlie» ne sous-entendait pas  être «un inconditionnel de Charlie Hebdo», qu’il s’agissait simplement d’un slogan pour afficher sa solidarité envers toutes les victimes des attentats de janvier 2015, nous savions qu’il nous faudrait encore le réexpliquer une mille et unième fois. Que voulez-vous, il arrive parfois qu’à force d’être dans la didactique on ne comprenne pas quand notre interlocuteur se fiche ouvertement de notre gueule. Non, lui, ce qu’il veut, c’est écouter votre blabla rhétorique pour conclure devant vos yeux effarés: «Ben moi, je suis pas Charlie».

Ce n’est pas le problème d’être « fan» du journal ou de l’envisager exempt de toutes critiques éditoriales mais il y a quand même un minimum de décence à observer, non? Comment peut-on lire ou dire des phrases aussi abjectes que: «ils ont tués les meilleurs» ou «ils n’ont pas bien compris la leçon»? L’alliance minable de ceux qui ne perdent pas une occasion de vomir sur ce titre et de ceux qui regrettent que les djihadistes n’aient pas «fini le boulot». On en est vraiment à se demander dans quel monde de connards on vit?

Et presque de manière cyclique, nous assistons tous les mois au même scénario absurde: Une couverture de Charlie, une polémique, des menaces de mort, puis Riss qui passe dans les média raconter la nouvelle fatwa qu’ils ont sur la tronche sans que ça n’émeuve pas plus loin que la coupure publicitaire. L’indifférence générale dans toute son horreur.

D’ailleurs ceux qui crachent sur Charlie ne lisent pas le journal: ils se contentent d’éructer leur colère en regardant la Une sur Internet, et ça ne date pas d’hier. Depuis que l’équipe de Charlie Hebdo a pris la décision en 2006 de reproduire les caricatures danoises de Mahomet en y associant un dessin de Cabu, le journal subit des menaces de mort. En 2011, le siège du journal était attaqué au cocktail Molotov, et en 2015 ce fut le massacre que l’on sait.

Pensez-vous que nous aurions fini par nous soucier de leur sort? Mais non! Rien ne bouge, et on s’en branle. Et quand on trouve le temps de parler d’eux, c’est pour dire qu’ils font de la merde. Sans parler de l’abjecte Edwy Plenel qui se compare au réseau Manouchian en associant, par ricochet, Charlie Hebdo à un tract vichyste. Ce même Plenel qui osait déclarer quelques jours après la tuerie du 7 janvier que: «la haine ne peut avoir l’excuse de l’humour, et la moquerie est condamnable si elle s’attaque à des gens, des identités.» Mais c’est incroyable! Ils sont sous protection policière, ils font leur journal dans un bunker, ils trouvent la force -malgré tout- de paraître toutes les semaines, et au lieu de récolter un minimum d’empathie ils ne reçoivent qu’un torrent de boue.

En fait, tous les connards qui disent «je ne suis pas Charlie» ou «je suis Charlie MAIS…» ce qui les emmerde vraiment c’est qu’ils restent encore des gens pour écrire et dessiner dans Charlie. Parce que, vous comprenez, les héros c’est sympa quand c’est mort mais vivant c’est gênant. Parce qu’un mort, il suffit de le pleurer à heure fixe en parlant du bon vieux temps, et tout le monde est content. Tandis qu’un vivant, un rescapé, il te réclame des comptes, des actions, des soutiens… car il sait pertinemment  que les larmes ça ne coûte rien et que ça fait à peine joli sur les photos.

Pire: dans les yeux d’un survivant, ils y trouvent surtout le reflet de leur lâcheté d’hier qui ressemble à si méprendre à leur lâcheté du jour. Cette lâcheté qui fit de Charlie une cible, cette lâcheté qui fait des éternels adversaires de Charlie, les complices de leurs bourreaux.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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