L’innocent est un coupable qui s’ignore
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Les attentats c’est comme les chagrins d’amour: si du premier on en parle durant des mois, le centième on en cause à peine 4 jours histoire de marquer le coup. Souvenez-vous, c’était il y a déjà quelques jours, Manchester fut frappée à son tour par l’horreur du terrorisme islamiste. Comme à la lecture d’un scénario lu et relu, nous avons tous joué notre rôle machinalement avec le minimum lacrymal prévu par le syndicat de la compassion. Mais si aujourd’hui notre effroi s’apparente plus à la désinvolture d’un Mitchum qu’à la méthode de Stanislavski, on se retrouve, comme dans un Godard, à devoir donner la réplique à des acteurs qui n’ont toujours rien compris au synopsis.

Dans le lot des réactions qui insupportent tant elles ont l’air de ne jamais tirer de leçon du passé, il y a celles des «naïfs» et des «cyniques». Les «naïfs», guidés par l’émotion, et les «cyniques», attachés à leur idéologie, n’ont de cesse de questionner le statut des victimes. Puisque l’attentat de Manchester a eu lieu après un concert d’une artiste prisée par les enfants et les adolescents, les «naïfs» se sont fait entendre pour souligner «l’innocence» des victimes. Tandis qu’à l’instar de Jeremy Corbyn, les «cyniques» ont mis en avant la responsabilité du Royaume Uni via sa politique internationale.

Il faut donc être clair sur le sujet au risque de se répéter à chaque attentat: Un enfant fan de la chanteuse Ariana Grande n’est pas plus innocent qu’un dessinateur de Charlie Hebdo, qu’un Juif dans un Hyper Casher, qu’une femme au Mali ou qu’un flic sur les Champs Elysée. Toutes les victimes du terrorisme sont innocentes car l’entière culpabilité n’incombe qu’aux auteurs des massacres. Parler de l’innocence de certains c’est relativiser celle des autres.

Car, depuis bientôt 40 ans, c’est au cri de «Allahou Akbar» que le sang de plus 14 700 innocents (sans compter les milliers blessés) a coulé en Afghanistan, en Algérie, en Allemagne, en Arabie saoudite, en Australie, au Bangladesh, en Belgique, en Bulgarie, au Burkina Faso, au Cameroun, au  Canada, en Chine, au  Congo-Kinshasa, en Côte d’Ivoire, au Danemark, en Égypte, en Espagne, aux États-Unis, en France, en Inde, en Indonésie, en Irak, en Israël, en Jordanie, au Kenya, au Koweït, au Liban, en Libye, au Mali, au Maroc, au Nigeria, au Pakistan, aux Pays-Bas, aux Philippines, au Royaume-Uni, en Russie, en Somalie, en Suède, en Syrie, en Tanzanie, au Tchad, en Thaïlande, en Tunisie, en Turquie et au Yémen. Peu importe qui dessinait, qui blasphémait, qui était au mauvais endroit, qui était une femme, qui était vieux, qui était jeune, qui était un con dans sa vie ou qui était une lumière pour l’humanité: ils étaient, ils sont, et ils doivent toujours être considérés comme des innocents.

Si ce que l’on «reproche» à certaines victimes ne tient pas pour les autres, si ce que l’on «reproche» à certains pays ne tient pas pour les autres, c’est tout simplement parce que la culpabilisation des victimes est autant une impasse intellectuelle qu’une faute morale.

Il faut en finir avec ce réflex à la con qui n’est pas sans rappeler celui qui consiste à penser en voyant le visage d’une femme battue: «mais quelle connerie a-t-elle bien pu faire pour être rouée de coups?»

S’il nous est impossible de citer toutes les victimes, nous pouvons au moins avoir la décence de nommer l’idéologie de tous leurs bourreaux qui est l’unique coupable: l’islamisme.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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