L’insoutenable gravité de l’air
Par Myriam , le 26 novembre 2019

Les humeurs de MYRIAM

 

Mes amis, ce n’est plus l’heure qui est grave, mais bien nous.

A l’heure des prochains faits de l’hiver, qui rempliront les colonnes des journaux bien plus surement que les chiens écrasés, le détachement intellectuel urge.

Les idéologues veulent prendre le dessus, et tentent de renvoyer toute pensée édictée par eux non conforme au 36ème dessous.

Le problème, c’est que l’idéologie, comme disait Céline ou Bardot, je ne sais plus, c’est la pensée à la portée des caniches.

Au quotidien, nous devons désormais faire face au tribunal des flagrants désirs de l’Autre. Tout est vu, entendu, lu, à l’aune de son combat -parfois légitime-, de son prêt à juger ou de son prêt à porter ombrage, et il y a fort à parier que cela ne passera pas sitôt de mode.

Désormais, plus de mesure, ni demie ni entière. Les actes les plus banals de notre vie courante peuvent être analysés, perçus et jaugés au regard torve d’une prise de position réelle ou fantasmée de leur auteur.

Et la finesse, bordel ?

Soit un cinéaste hier accusé de viol. Aujourd’hui, ses spectateurs sont accusés d’en être complice, voire d’être collabos (l’inédit résidant dans le fait qu’ils collaboreraient avec un juif ).

N’y aurait-il pas de juste mesure, plutôt que d’entraver, sous pression, l’exercice du libre choix du spectateur ou de postuler arbitrairement de ses intentions ?

Au-delà du fait que, d’un côté, c’est évidemment ignoble de droguer puis d’abuser d’une gamine (à part Christian Quesada et l’association Jeffrey Epstein & Friends,  il me semble qu’on peut tous s’accorder là-dessus) et que de l’autre, si ces faits s’étaient déroulés en France, ils seraient largement prescrits, au-delà du fait que oui, on peut, si on le souhaite, séparer un artiste de son œuvre (sauf pour Jean-Luc Lahaye à qui je ne pardonnerai jamais « Papa Chanteur »), que oui (bis), c’est beaucoup moins simple quand l’artiste n’est pas mort, que oui (ter), c’était une autre époque mais que pour autant non, on ne peut pas exonérer en invoquant une permissivité d’hier sous peine de se retrouver à accepter l’inacceptable demain, bref, ne peut-on pas, plus légèrement, admettre que refuser de voir un film de Polanski ne nous transforme pas en Jean Moulin, et qu’aller le voir ne justifie pas de se faire passer à la moulinette ?

Soit un intellectuel, dont quelques minables secondes découpées de longues minutes d’intervention nous le donnent à voir appelant à « violer des femmes » (sick).

Rebelote, ceux qui refusent d’y voir l’expression sincère d’une incitation au crime sont accusés d’en être complice.

Kundera parlait des « imagologues », suggérant qu’aujourd’hui l’image a détrôné la réalité. L’actualité lui donne tristement raison, quand d’autres perdent totalement la leur.

Mais une question demeure, et je me refuse à croire que les détracteurs de Finkielkraut soient des demeurés : comment est-ce possible que des gens aient pris au 1er degré ce qui n’est à l’évidence qu’une antiphrase, un soubresaut de défense par l’absurde éructé par un type poussé à bout par de violentes accusations imbéciles ? Les 12° degrés d’un beaujolais nouveau auraient-il anéantis le second degré de certains ?

Opposons au droit de s’indigner le devoir de mesure, au droit de s’exclamer le devoir de prudence, au droit de s’exprimer par le gueuloir le devoir de réflexion. Notre légèreté, très chère, est aussi à ce prix.

Par Myriam

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