L’invasion inconnue
Par Naqdimon Weil , le 23 février 2016

Les valeurs de Mr NAQDIMON

Mr Naqdimon by Babouse

Quand on franchit les bornes, les limites sont dépassées.

Cette semaine, comme tous les ans en cette période, j’étais parti pour une semaine de plein air à Gstaad, afin d’y prendre une retraite bien méritée. Là, dans le calme de la nature inaltérée, car helvétique, les choses de ce monde me paraissent toujours moins douloureuses et il m’arrive même d’avoir un regard bénin pour les socialo-écologistes et autres gauchistes, quand j’en croise un au bar d’altitude. Je recommande chaudement d’ailleurs à tout un chacun de se retirer des affaires du quotidien de temps en temps, afin de garder le nécessaire recul pour analyser le Monde et la déchéance française. D’aucuns médisants m’objecteront qu’au prix d’une location hebdomadaire dans cette petite station sans prétention, on pourrait nourrir deux familles de chômeurs pendant un an, ce à quoi je répondrais que si l’on n’est pas capable de faire un minuscule effort financier d’une petite dizaine de milliers d’euros pour faire le point et se ressourcer auprès de Mère Nature, autant rester dans son HLM ! Qui plus est, je ne suis pas soumis à ces aléas locatifs, car je me rends dans mon chalet de famille, que j’acquis de haute lutte contre un mien cousin dont les parents, émigrés en 1945 en Argentine, avaient pourtant abandonné tous leurs avoirs en Europe, suite à une dénonciation anonyme.

Donc, avec James, mon chauffeur, nous prîmes la route, non sans faire le traditionnel pèlerinage à Siegmaringen, afin d’y fleurir la tombe de mon grand-père, et nous nous rendîmes avec souplesse vers les cimes enneigées de l’Oberland Bernois grâce à la puissance de la vieille Silver Shadow familiale. Je soutiens d’ailleurs que c’est la meilleure façon de voyager et m’étonne du goût de mes contemporains pour ces véhicules plus petits et terriblement laids qui font florès de nos jours. Et qu’on ne vienne pas me parler de moteur hybride, je ne suis pas un surfeur californien, tout de même. Bref, nous arrivâmes au soleil couchant sur les hauteurs de Saanen, et, comme Gunthar, le gardien du chalet, n’avait pas terminé la préparation de la fondue de bienvenue, je décidais d’aller boire un grog au premier bar venu.

Et là, j’eus un choc. Parmi les habituelles personnes de qualité que je reconnus dans le calme des boiseries de ce tranquille établissement suisse allemand, je vis le jeune Mokhtar – ou peut-être est-ce Mohamed ? Devant mes yeux, dans un parterre de tignasses blondes et avenantes, se tenait Mohamed – ou peut-être Mouloud – fils puîné de ma femme de ménage ! À Gstaad ! Avant de tirer de trop hâtives conclusions, je restais en retrait, me disant que ce jeune allogène devait certainement faire le service dans cet établissement, et je m’apprêtais à féliciter les tenanciers du bistrot pour leur ouverture d’esprit. Mais quand je vis Mouloud – à moins que ce ne soit Ahmed – se pencher vers sa voisine et l’embrasser dans le cou, mon sang ne fit qu’un tour et mes poils se dressèrent. Il était bien client. Mais comment était-il possible qu’un Ahmed – j’hésite avec Abdel, finalement -, qu’un fils de technicienne de surface puisse se rendre en un lieu si préservé ? Bien sûr, me dis-je in petto, c’est parce que ce jeune délinquant trafique de la drogue, ou même pire, qu’il prépare un attentat contre l’élite de la civilisation européenne réunie sur les pentes immaculées de cette station tranquille, qu’il se trouvait là. Soudain, nos regards se croisèrent. Avant que j’eus le temps d’appeler James à l’aide, le dénommé Abdel – non, ce doit être Omar – bondit de son fauteuil-club pour se précipiter vers moi !

Monsieur Naqdimon ! Quelle joie ! Vous me reconnaissez, je suis Driss, le fils de votre femme de ménage. Nous sommes ici avec Ursula, ma fiancée, pour fêter l’ouverture de ma société de capital-risque à Berne. Me feriez-vous le plaisir de partager une coupe de champagne avec nous ?

Je prétextais un mal des hauteurs pour m’éviter cette corvée et le laisser planté là, avec sa blondasse helvétique.

J’ai donc mis mon chalet en vente et dès le lendemain, nous sommes partis vers les pistes de Vaduz, en espérant échapper à ce genre de désagréments. Il faut savoir faire des sacrifices.

La semaine prochaine, nous aborderons ensemble le difficile sujet du financement de la culture par la puissance publique et la nécessité de le supprimer.

par Mr Naqdimon

Nota bene : Chers lecteurs,
Ne nous leurrons pas, la droite décomplexée a le vent en poupe. Au Coq des Bruyères on est pas plus con que les autres, alors à l’instar de ceux qui déroulent le tapis rouge (brun) à Ivan Rioufol, Éric Zemmour et consorts, nous ouvrons nos colonnes à Monsieur Naqdimon qui saura amener notre journal sur l’autoroute du progrès.  

Nous aussi on veut en croquer ! ce qui nous permettra, d’ailleurs, de ne pas être tondus à la collaboration.

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