L’Iran, toujours la barbe
Par Thierry Rocher , le 18 juin 2013

Thierry ROCHER renvoie la censure

Les élections en Iran viennent d’avoir lieu et de désigner un inconnu, modéré parait-il, un certain Hassan Rohani. Quelle triste mascarade démocratique et quelle hypocrisie internationale à saluer un changement que n’en est pas un et qui, d’ailleurs, ne peut pas en être un avec cette pitoyable république islamique qui décide, par l’intermédiaire du guide suprême, cette imposture religieuse, de la qualification ou non des candidats. En clair, un candidat athée  ne pourra jamais être en lice puisqu’éliminé d’office. Ce qui est terrible, avec l’Iran, c’est de penser à tous ces hommes et femmes éduqués, témoins d’une culture ouverte sur le monde depuis très longtemps, sombrer depuis des décennies dans l’obscurantisme.
Après le hold up de l’élection précédente et la victoire volée à Moussavi, on aurait pu penser que le soulèvement populaire allait enfin faire exploser le système religieux dictatorial, et la répression a finalement gagné. Les morts se sont accumulés, les détenus politiques s’entassent et le seul espoir pour les honnêtes hommes des deux sexes est devenu l’exil. En marge de l’affichage politique officiel, la population iranienne résiste avec ses moyens et en particulier, une révolution sexuelle qui trouble les décideurs religieux et qui a pour résultat, la baisse de la fécondité, des grossesses qui arrivent de plus en plus tard, une explosion du nombre des divorces. Un air de liberté dans le comportement sexuel, c’est peut-être par là que cette société peut bouger. En attendant, au quotidien, il faut faire face à la répression, à l’absence de liberté, à la création étouffée. Et pour bien organiser tout ça, on vient d’apprendre que le grand Satan américain a finalement des vertus aux yeux des mollahs puisque la société Blue Coat œuvre pour traquer les opposants sur Internet.
Mais quand on est américain, un marché est un marché, et l’hypocrisie sur les notions du bien et du mal est une marque de fabrique qu’on peut voir monnayer tous les jours. Le concert de louanges, après ce scrutin, ces derniers jours, est douteux même si l’espoir de s’éloigner de l’intransigeance du triste Ahmadinejad parait évident. Déjà, 34 ans que la révolution islamique a plongé l’Iran dans les ténèbres. Trente quatre ans que les Iraniens ont remplacé la peste par le choléra. Pas de nostalgie sur la période de dictature du shah mais la pensée qu’une génération a été sacrifiée sur l’autel de l’obscurantisme, qu’une deuxième est bafouée et avance à reculons. La religion, sous toutes ses formes, depuis des siècles est la cause du malheur des hommes. Les crimes sont le lot quotidien de toutes les religions qui sont, d’après leur VRP, des religions d’amour. Mais tuer par amour, c’est toujours de l’amour. Je ne sais pas si je verrais, de mon vivant, l’islam entrer dans la sphère privée en Iran mais j’espère que pour chasser les barbus, les occidentaux iront tous dans le même sens et qu’on ne retrouvera pas de vulgaires agents mercantiles capables pour le fric d’être complices de crimes d’état.
Alors, pour les Iraniens de bonne volonté qui voient en Rohani un président modéré parce que sa barbe est moins longue, je dirais, pour leur courage à survivre là-bas « Et encore bravo ! ».

par Thierry Rocher

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