Livre d’or du confinement

par | 3 Nov 2020

Aux amoureux transis qui voulaient se couper du monde pour se mirer dans le blanc des yeux en sifflant du rouge, aux agoraphobes que la fin du premier confinement avait jeté dans un abyme de détresse, aux parents à qui la chanson «Libérée, délivrée» égosillée du matin au soir commençait à manquer: bonne nouvelle, c’est reparti pour un tour.

Pour les autres, il va falloir s’organiser, en essayant, autant que faire se peut, de rendre ce nouveau confinement agréable. Pour d’aucuns, ce sera à la force du poignet (masturbation pour les célibataires, usage intensif du fouet à pâtisserie dans les familles), pour d’autres, par les forces de l’esprit l’écriture du tome 2 du journal de confinement Moi, mon Surmoi et mes émois,  visionnage de l’intégrale de Tarkovski (en novembre par un temps dégueulasse entre deux attentats, ça en devient aussi drôle qu’un Max Pecas), reprise de la pratique de cet instrument trop longtemps remisé à la cave (mais si, c’est bien, l’harmonica, ça va avec tout, surtout avec les voisins), apprentissage de L’ouzbek pour les nuls (entre nous, si vous y allez un jour, l’essentiel est que les yaks vous comprennent), et… last but not Lizt, la lecture.

C’est là que le bât blesse, car les ordres sont venus d’en haut et, sourds aux imprécations des lecteurs, ces durs de la feuille qui nous gouvernent ont tranché: les librairies n’ouvriront pas pendant le confinement.

Pour autant, il est hors de question de si vite tourner la page, des solutions existent pour se faire livrer des bouquins, dans le respect des gestes barrières, de la santé publique et des libraires de quartier: il suffit de les commander (à titre non exhaustif, les plateformes type placedeslibraires.fr, decitre.com ou librairiesindependantes.com recensent celles qui le proposent).

Et pour se remonter le moral sans s’abaisser à du Marc Levy, on pourra même s’y procurer le drôlissime En haut de l’affiche, premier roman de Fabrice Chatelain (éditions Intervalles), satire mordante du milieu du cinéma et du monde contemporain émaillée de personnages truculents, narrant les mésaventures de Vincent, looser magnifique cherchant à séduire la belle Noémie.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, on pourra également s’offrir le recueil Cafard noir (16 auteurs dont votre obligée, éditions Intervalles), fustigeant la «feel good littérature» et son injonction permanente au bonheur à renfort de nouvelles à l’humour plus noir qu’un ristretto.

Et si on veut finir sa séance d’abdominaux par le rire, franc ou jaune, on y ajoutera l’hilarant Mélatonine de Pascal Fioretto (chez Robert Laffont) pour le premier pastiche rocambolesque de Houellebecq plus vrai que nature, et L’homme surnuméraire de Patrice Jean, virtuose de la narration acide (éditions Rue Fromentin), pour le second.

Qu’on puisse se les procurer directement dans un commerce ou pas, l’essentiel, c’est que les romans ne soient jamais invisibles pour nos yeux, alors bonne lecture !

Par Myriam

Par Myriam

Passionnée de nature et de vie sauvage, Myriam a rejoint l'équipe de rédaction en pensant intégrer une revue prestigieuse sur les gallinacées en voie d'extinction. Réalisant son erreur, elle a quand même souhaité rester avec ces drôles d'oiseaux. Même quand elle n'a rien à dire, elle le dit quand même, avec un aplomb qui n'a d'égal que celui dans l'aile du Parti Socialiste. Caution féminine des plumes du Coq, elle n'hésite pas à abuser de ce privilège, et arrêtera de le faire quand les poules n'auront plus la dent dure.
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